Adil, bonjour. Avec le LOSC, tu as connu de beaux moments, notamment ton premier appel chez les Bleus, avec les A’...

Ah ça ? Je n’y croyais pas ! J’étais en train de prendre un bain froid de récupération, quand Rio a débarqué et m’a annoncé que j’étais pris en équipe de France. J’ai d’abord pensé à une plaisanterie. Puis deux, trois, quatre joueurs me l’ont confirmé. Alors pour en être certain, je me suis rué sur un ordi, j’ai consulté la liste sur Internet et j’ai vu mon nom. Je me suis dit « ce n’est pas possible ! ». Juste derrière ça, pas mal de journalistes me sollicitaient pour obtenir mes impressions, j’ai reçu des milliers d’appels, de messages de félicitation. Une fois ces instants un peu fous passés, j’ai rejoint ma voiture pour quitter Luchin. Et en y entrant, je me suis effondré en larmes...

Pourquoi as-tu craqué à ce moment-là ?

Tout simplement parce que c’est magique ! Je me suis senti tellement honoré. D’ailleurs, j’espère bien que le rêve va se poursuivre et que je ne vais pas me réveiller car j’aime cette équipe de France, l’ambiance qui y règne, cette pression qu’il y a autour de la sélection.

Quand on acquiert le statut d’international français, qu’est-ce qui change ?

Le regard des gens. Parfois, ça n’est pas facile à gérer et à d’autres moments, on se prend au jeu et on accepte ce statut de footballeur pro ou d’international. Mais quand je me retrouve avec la famille, les amis, je pense que je suis toujours le même. Je fais la fête, je rigole… bref, je reste l’enfant de mon quartier.

Passons à autre chose. Te souviens-tu de ton premier match européen avec le LOSC ?

Euh… (il prend un long temps de réflexion). Ah oui, en Serbie, contre Sevojno, non ? C’était vraiment très spécial, pour ne pas dire bizarre. Je savais très bien qu’il fallait attendre un peu pour rencontrer les grosses écuries européennes. J’ai davantage été marqué par les rencontres face à Valence, Fenerbahçe, ou la victoire contre Liverpool à la maison. Ce succès face aux Reds voulait dire qu’on pouvait rivaliser avec les grands et qu’on sous-estimait peut être un peu notre vraie valeur.

Tu cites Fenerbahçe, avec ce fameux but de la tête dans les dernières minutes. Tu nous racontes ?

J’ai vécu ce soir-là quelque chose de grand. Je me suis senti « utile » pour mon équipe. Je n’en croyais pas mes yeux. C’est d’ailleurs le neuvième et dernier but que j’ai inscrit avec le LOSC. On va dire que celui-là, on s’en rappellera, même si je suis déçu que ma série se soit arrêtée en Turquie vu que je n’ai plus marqué depuis.

"Tout le monde a toujours été chaleureux avec moi et a cru en ce petit mécanicien, qui débarquait de nulle part..."

 

Quelle image veux-tu que les supporters gardent de toi ?

Que je suis quelqu’un de vrai, d’entier, qui ne triche pas et qui joue avec le cœur. C’est ce que j’ai essayé de dégager tout au long de mon parcours au LOSC.

Quel souvenir fort de ton passage lillois voudrais-tu retenir avant tout ?

L’instant magnifique où on a soulevé la Coupe de France au Stade de France, sur la musique « We are the Champions ». J’ai réalisé qu’on n’était pas dans un film, que le trophée était bien à nous et qu’on vivait une vraie histoire.

Adil, te voici désormais valencien. Malgré ton engagement avec le club ibérique dès le mois de janvier 2011, es-tu d’accord si on dit que tu as fait honneur au maillot lillois jusqu’au bout ?

Je pense, oui. Cinq mois avant, j’ai pris des risques en affirmant que je voulais partir du LOSC sur des titres. Aujourd’hui, je ne regrette pas d’avoir eu le culot de le dire, ça a payé. C’est un honneur pour moi de quitter le club avec des trophées. Je pars d’ici en sachant que mon nom sera gravé à jamais dans l’histoire et le palmarès du club. J’ai fait partie de cette équipe qui a battu tous les records historiques existant depuis très longtemps. Je peux partir la tête haute.

On sent un pincement au cœur...

Oui… il est énorme. On dit toujours qu’on sait ce qu’on perd mais qu’on ne sait pas ce qu’on gagne. Aujourd’hui, le problème n’est pas de savoir ce que je vais gagner, mais plutôt de prendre conscience que je quitte une équipe, un club, des supporters, tout un peuple extraordinaire qui m’a adopté. M’éloigner de tout ça va me rendre triste.

Comme au moment du dernier match contre Rennes ?

Ç’a été dur de voir tout ce monde, le feu d’artifice, ça sentait la fin. Je savais qu’il ne me restait que quelques jours à vivre dans le coin. Le football est ainsi fait, ce sont les risques du métier. On connait des va-et-vient, des situations difficiles, des instants de bonheur.

On te souhaite en tout cas le meilleur avec ton nouveau club. Tu vas d’ailleurs découvrir la Liga et croiser des noms comme Messi ou Ronaldo. Ça t’inspire quoi ?

Il va falloir que je serre les fesses ! Ils vont découvrir le « déglingo » Adilus Ramilus. (explosion de rire)

Tu pourrais aussi retrouver le LOSC sur ton chemin en Champions League ?

C’est possible, mais je n’espère pas. Ça m’embêterait de voir mes anciens équipiers tristes après le match. (il rit) Plus sérieusement, revenir au Stadium me ferait une drôle d’impression. Je ne sais pas du tout comment je me sentirais.

Deviendras-tu le supporter numéro un du LOSC ?

Absolument ! Je vais essayer de suivre le parcours, les grands matchs. Je serai de toute façon en contact avec Rio Mavuba, Moussa Sow... On va s’appeler, se chambrer sur les buts marqués, encaissés ou quand Lionel Messi va me casser les reins (rire).

Pour terminer, quel message voudrais-tu adresser aux supporters ?

Leur dire merci. Merci mille fois de m’avoir adopté, fait confiance, supporté, aidé et aussi soutenu pour que je fasse partie de cette nouvelle équipe de France. Si j’ai pu intégrer les Bleus, je le dois à l’équipe, au staff et à tous les supporters. Tout le monde a toujours été chaleureux avec moi et a cru en ce petit mécanicien, qui débarquait de nulle part...

Merci Adil et bonne chance pour ta nouvelle aventure avec Valence CF !