Gérard Lopez, bonjour. Le LOSC traverse actuellement une période difficile à plusieurs titres. Avant de rentrer dans le détail, peut-on vous demander votre sentiment personnel ?
Vous vous doutez bien que ces dernières semaines ne sont faciles à vivre pour personne au sein du club. Le scénario de cette première partie de saison n’est clairement pas celui espéré. Les résultats sont en dessous de nos attentes, peu en phase avec nos ambitions et l’investissement important consenti par le club. Alors oui, cette première moitié de championnat est difficile, décevante et personne ne peut s’en satisfaire. Il y a des motifs de mécontentement et de préoccupation. Je suis par exemple en phase avec Fernando Da Cruz quand il estime que la prestation de l’équipe à Dijon n’a pas été digne. Les joueurs ont certes une part de responsabilité mais bossons justement pour les accompagner et les aider à exprimer leurs capacités. Car ils ont de la qualité, j’en suis convaincu.
 
 
Malgré les qualités individuelles reconnues en effet, le déficit de résultat est réel. Comment l’expliquez-vous ?
171220Lopez9.jpgOui, notre projet sportif a pris du retard. Il faut bien admettre que la collaboration entre le LOSC et Marcelo Bielsa fut un échec. Même si beaucoup, moi le premier, s’accordaient à dire que sa venue au LOSC était très prometteuse, force est de constater que ça n’a pas fonctionné. J’en assume ma part de responsabilité, mais je n’ai pas de regret, ça ne servirait d’ailleurs à rien. Marcelo Bielsa était un homme important du projet certes, je ne vais pas affirmer le contraire aujourd’hui, mais il n’était pas LE projet. Nous avons beaucoup d’autres atouts et des solutions. Sans lui, le LOSC reste évidemment solide, prêt à traverser ces épreuves et s’offrir des jours plus heureux.
 

« La collaboration entre le LOSC et Marcelo Bielsa fut un échec. J’assume. »

 
C’est la première fois que vous vous exprimez sur ce sujet…
Vous savez, quand on est un club, une institution, on ne peut pas tout dire et la communication n’est pas totalement libre malheureusement. On se doit d’être vigilant, respectueux des timings, des procédures et de la confidentialité… C’est pour ça que je n’ai pas pu m’exprimer avant, alors que d’autres ont occupé l’espace médiatique. Disons-le clairement : beaucoup de rumeurs infondées et de fausses informations circulent. Par exemple, malgré ce que certains ont essayé de faire croire, la procédure initiée contre Marcelo Bielsa a été conduite dans le respect des textes applicables. C’est parfois frustrant de ne pas pouvoir y répondre et exprimer ce qu’on pense mais notre devoir est de passer outre et de rester professionnels, sereins et raisonnables.
 
 
Vous parlez de l’information sur le prétendu « double contrat » de Marcelo Bielsa par exemple ?
Les informations déformées, partielles ou inexactes sont récurrentes… mais s’il faut parler de ce sujet-là, allons-y. Pour être totalement précis et transparent : oui, Marcelo Bielsa et le LOSC ont signé ensemble, en février dernier, une convention relative à l’arrivée de l’entraîneur et de son staff. Il s’agissait de garantir par écrit, à la demande de l’entraineur, un engagement réciproque, entre le LOSC et Marcelo Bielsa. Cette convention préparée par l’entraineur et ses conseils, a été soumise au LOSC et signée, avant que quelques mois plus tard, le 1er juillet, soit signé définitivement un contrat LFP. Précisons que d’un point de vue financier, cette convention est identique au contrat LFP de Marcelo BIELSA et à ceux de son staff. D’ailleurs, la grande majorité des clauses y sont reprises. Elle ne nuit à personne et n’a en aucun cas été faite pour dissimuler quoi que ce soit.


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En début de saison, vous aviez fixé la cinquième place comme objectif sportif. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Quand on affiche des ambitions, on est prétentieux et quand on ne communique pas d’objectifs, on manque de clarté… Nous avions affiché de manière assumée des ambitions et je ne le regrette pas. La 5ème place était un objectif réaliste au regard de notre potentiel, de notre travail et de notre investissement. D’ailleurs, en août, tous les observateurs s’accordaient là-dessus et étaient plutôt positifs et enthousiastes. Aujourd’hui, terminer dans le top 5 sera compliqué, c’est une évidence. Tout ne s’est pas déroulé comme on l’espérait et on se trouve obligé de réajuster nos plans et objectifs à court terme. Maintenant, basiquement, il nous faut surtout gagner des matchs, remonter au classement rapidement pour atteindre une position plus confortable et recréer une dynamique de confiance.
 
 
Quel regard portez-vous sur les supporters lillois qui expriment aujourd’hui leur mécontentement ?
Ils ont été irréprochables et solidaires tout au long de l’année 2017. Je les en remercie. Aujourd’hui ils perdent patience, ils souffrent, ils s’interrogent et je les comprends pleinement. Face à leurs doutes et à leurs questions, je souhaitais assumer et j’ai proposé de leur répondre. Finalement, ils ont préféré décliner la proposition. Je le respecte. Je regrette simplement que le dialogue n’ait pas été possible. Moi, ce qui est sûr, c’est que je dois rester positif, je n’ai pas le droit de perdre confiance. S’il y en a bien un qui doit garder confiance, c’est moi. J’espère par-dessus tout que nous parviendrons à redonner confiance à tout le monde ces prochains mois. 

« Redonner confiance aux supporters »

 
Le LOSC a récemment été interdit de recrutement par la DNCG pour le prochain mercato d’hiver. Comment l’expliquez-vous ?
Cette décision est la conséquence d’une différence de position et d’interprétation entre la DNCG et le LOSC. Nous considérions que nous avions réuni toutes les conditions et garanties nécessaires pour la validation de notre plan d’action. La DNCG est très exigeante et en a décidé autrement. Ce qui est incontestable, c’est que nous avons présenté des garanties bancaires extrêmement fiables, venant de partenaires financiers solides qui soutiennent notre stratégie. Cela a été jugé insuffisant par la DNCG. C’est un sujet plutôt technique, à régler afin de retrouver la normalité avant l’été prochain au plus tard. Cette épreuve ne remet pas en cause la capacité du LOSC à maintenir son projet de croissance et ses investissements à moyen et long terme.

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Cela signifie que vous ne ferez pas appel de la décision de la DNCG ?
La décision de faire appel ou non n’a pas encore été prise. C’est complexe, il ne s’agit pas de faire un simple virement, d’autant que les délais sont très courts avant le mercato de janvier. Nous étudions les différentes options et choisirons la meilleure, celle qui est la plus cohérente et rationnelle. Nous avions prévu de recruter deux joueurs au prochain mercato. C’était programmé et avions des moyens à disposition. Mais en l’état, l’interdiction de recrutement prononcée par la DNCG nous oblige à envisager également d’autres scenarios. Quoi qu’il en soit, j’ai confiance dans l’effectif actuel pour réaliser une deuxième partie de saison plus positive.
 
 

« La décision de la DNCG ne remet pas en cause la capacité du LOSC à maintenir son projet de croissance »
 

Cette décision de la DNCG vous oblige-t-elle à vendre des joueurs cet hiver ?
Une obligation, non. Mais comme tous les clubs à chaque mercato, nous aurons des sollicitations et devrons étudier certaines opportunités, toujours dans l’optique de conserver le meilleur équilibre sportif et économique. Mais évidemment, la première préoccupation sera de ne pas affaiblir l’équipe.
 
 
Si on vous demande quelle est la situation financière du LOSC, que répondez-vous ?
Tout simplement que le club est endetté, comme c’est le cas depuis plusieurs années. Ce n’est ni nouveau, ni propre au LOSC. En tant qu’entrepreneur, ma stratégie consiste justement à investir fortement dans le but de recréer un cercle économique vertueux mais aussi de la croissance qui doit nous amener, à terme, à développer les recettes et rééquilibrer le modèle. Nous avons commencé à le faire, même si les résultats ne sont encore visibles. Rappelons qu’avec près de 100 M€ investis cette année, le LOSC a été le troisième club français le plus actif sur le marché des transferts. C’est d’ailleurs peut-être cette impression de décalage entre déficit et investissement qui interpelle aujourd’hui. Cette stratégie est différente de la majorité des autres clubs, c’est vrai. Mais de mon point de vue, c’est la seule qui nous permette de nourrir des ambitions pour l’avenir. Entreprendre, c’est prendre et assumer des risques. Je le dis et le redis : le LOSC est solide et soutenu par des partenaires financiers importants. Sa pérennité économique n’est absolument pas remise en cause.
 

 

Gérard Lopez, merci. On vous laisse le mot de la fin…
Puisqu’on en a pas parlé, je le dis : certaines rumeurs disent que je vais me désengager du projet, abandonner le navire etc… Que ce soit très clair : NON ! Je suis là, pas toujours physiquement malheureusement, mais bien là, 200% impliqué, combatif, passionné, avec la conviction que ce projet est bon et qu’il offrira au LOSC, aux Lillois, aux supporters l’avenir et le succès qu’ils méritent. Il y a quelques vents forts et prévisions de tempête autour de nous mais au club, on est déterminés et on travaille pour régler les problèmes, un par un. L’adversité doit nous rendre plus forts encore. On garde le cap, la confiance et l’envie. Avec la certitude de connaître des jours bien meilleurs demain et l’envie de les partager avec notre public.