Un aller simple dans le cœur des supporters

« Il y a toujours une ambiance et une excitation particulières avant le derby. C’est un match spécial pour les supporters et ça, les joueurs le perçoivent rapidement, même si en tant que professionnels, on se doit d’aborder chaque rencontre avec le même sérieux. Mais quand tu es footballeur et que tu t’apprêtes à disputer un LOSC-RCL, tu sais qu’une occasion t’est donnée d’entrer dans le cœur des fans en cas de grosse performance. Chaque joueur y pense. On le sent toute la semaine à l’entraînement, chacun donne plus, peut-être inconsciemment, car tout le monde veut jouer ce match et tout le monde veut briller. »
 

Ce match que toute l’Europe regarde

« Le feeling qui me vient quand je pense aux derbies est celui qu’on ressent dans le tunnel juste avant le match. Un mélange de motivation, d’excitation et de fierté d’être là. Une carrière de footballeur, c’est court. On ne sait jamais de quoi l’avenir sera fait et si on aura un jour l’opportunité de rejouer un Lille-Lens. Ça rend donc ce moment exceptionnel, d’autant qu’à l’époque, les deux équipes étaient européennes. En plus de l’affiche régionale, LOSC-RCL était aussi un match de très haut niveau. Et quand tu es joueur, tu sais que toute l’Europe regarde ce genre d’affiche, que si tu brilles, ça se saura en Angleterre, en Italie… Dans l’approche, ça s’apparente plutôt à une finale. »

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Ça "chambre" sévère avec Utaka

« À l’époque, mon compatriote John Utaka jouait à Lens. Nous étions tous les deux attaquants et internationaux nigérians. Et j’avoue qu’on se chambrait pas mal sur le derby. En Angleterre, on appelle ça le bragging rights, qu’on pourrait traduire par le "droit de se vanter". On savait le match regardé au Nigéria et nos performances analysées, commentées. Donc quand l’un de nous gagnait ou marquait dans le derby, il ne manquait pas de le rappeler à l’autre avec le sourire, lorsqu’on se retrouvait en sélection. Et vu que j’ai plus souvent marqué que lui dans les derbies (5 buts pour Odemwingie, 2 pour Utaka), j’avais sur lui ce petit "pouvoir" (sourire)»
 

Le résultat prime sur l’égo

« Sur le terrain, il arrive que ça chauffe, que les débats deviennent un peu agressifs. Dans ces cas-là, il faut savoir gérer ses émotions. Personnellement, je m’écrivais une petite note que je me lisais plusieurs fois avant le match. Parmi les points essentiels, il y avait le fait de ne pas répondre à la provocation, de garder la tête froide coute que coute, de rester concentré. Je me préparais à tout type de situation et je me disais : « s’il arrive telle chose, tu dois réagir comme ça ». L’objectif était de ne pas casser le plan de jeu de l’équipe, car seul le résultat compte. Qu’importe que je me fasse insulter ou chahuter. Chaque joueur doit être prêt à sacrifier son égo et garder une mentalité de winner. Que retient-on aujourd’hui ? Le vainqueur ou celui qui s’est fait justice lui-même ? »
 

Août 2006, LOSC-RCL : 4-0

« Je me souviens très bien de ce match. C’était la 2ème journée, nos retrouvailles avec le Stadium, notre public. On avait la Champions League en ligne de mire et donc la volonté de prendre un maximum de points en Ligue 1 dès le démarrage. On sortait d’une grosse préparation. Il flottait aussi dans l’air un petit goût de revanche, car on s’était inclinés à Bollaert (4-2) quelques mois plus tôt. C’était donc le moment idéal pour jouer ce type de match à haute intensité. Ce jour-là, on était clairement la meilleure équipe sur le terrain. Mathieu Bodmer marque le but du 1-0 (13’) qui a donné beaucoup d’énergie et de confiance à tout le monde. On avait l’approche parfaite : des sourires et de l’agressivité bien placée dans notre jeu. »

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Odemwingie résiste à Hilton… et ça fait 2-0 !

« Je crois qu’on joue la demi-heure de jeu quand je reçois le ballon à l’angle de la surface. Je résiste au retour d’Hilton et je marque avec l’aide du poteau. 2-0 (33’). J’étais très heureux après ce but, car il est le fruit d’un important travail. Quand je suis arrivé au LOSC, j’évoluait ailier droit. Mais Claude Puel a vu en moi les qualités d’un attaquant axial et m’a fait travailler pour le devenir. Chaque jour à l’entraînement, quand tout le monde rentrait aux vestiaires, je restais avec lui à bosser les appels de balle, le dernier geste… Alors quand ça paye en match, forcément, tu es fier. Trois minutes plus tard, Lens se retrouve à 10 (Sidi Keita reçoit un deuxième jaune). Alors bien sûr, on se dit que les choses sont bien engagées, mais on sait aussi que si on ne gagne pas ce match, on recevra beaucoup de critique. La pression est donc plus grande. »
 

Un Kader Keita "en feu" double-passeur décisif

« On le sait, il ne faut pas lever le pied, ne pas perdre cette positivité. Nous ne sommes pas des enfants juste heureux de jouer au foot. Non, nous sommes des professionnels avec un objectif, un plan de jeu. Donc on reste sérieux et organisés. Ce jour-là, Kader Keita était "en feu". Et quand il est comme ça, tu sais qu’il va t’offrir des occasions. Connaissant sa qualité de centres, j’ai à chaque fois fait l’effort pour me retrouver devant le but quand il déboulait sur le côté. Et ce que je pressentais est arrivé, il a centré deux fois. J’ai coupé deux fois et j’ai marqué deux autres buts (57’, 67’, 4-0). Sur le banc, je voyais le coach qui célébrait chaque but comme si c’était le premier. Son body langage ne trompait pas. Il nous poussait à en marquer un cinquième, un sixième… »

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Briller dans un derby ? C’est pour la vie

« Ce hat trick, on m’en a parlé pendant longtemps. Aujourd’hui encore, des supporters lillois m’écrivent sur Instagram pour me rappeler le bonheur qu’ils ont ressenti ce jour-là. Marquer dans un derby est quelque chose de fort pour les supporters. Ici aussi en Angleterre, j’ai eu la chance d’inscrire un triplé dans le derby WBA-Wolverhampton. En tout, j’ai inscrit 30 buts pour West Bromwich Albion en Premier League. Mais quand je croise un fan du club, il me reparle à chaque fois de ce hat trick dans le derby. Une grande photo de moi prise lors de ce match est aussi affichée au Hawthorns, le stade. C’est la preuve que briller dans un derby marque durablement les esprits. »
 

« Le derby sera beau, j’en suis sûr »

« Je n’ai pas encore vu de match du LOSC cette saison, mais j’ai suivi les résultats et je sais que les débuts sont réussis. Je suis content de voir Lille à ce niveau, en coupe d’Europe. Prendre un point à Marseille, gagner plusieurs fois à l’extérieur… Ce sont des signes qui annoncent une belle saison. En Angleterre, le LOSC est très réputé pour la qualité de son scouting et sa capacité à développer de jeunes talents. Le derby sera beau, j’en suis sûr. Lens aussi réalise un bon début de saison. Ce sera un gros match. Mon pronostic ? 2-0. Pour le LOSC, évidemment. »

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