1/ Le RCL, ce lointain voisin

Et si la rivalité Lille-Lens n'avait pas toujours fait sens ? Au début du siècle dernier, les derbies du Nord désignaient davantage les confrontations entre l'Olympique Lillois, l’US Tourcoing, puis avec le RC Roubaix et l'Excelsior Roubaix jusqu'à la fin des années 1920. Ce n’est que plus tard, quand le SC Fives, le VAFC et le RCL Lens sont sortis des divisions inférieures pour se frotter aux confrontations régionales au plus haut niveau qu’une rivalité a vu le jour. Mais la toute première saison de professionnalisme dans l’histoire du football français (1932-1933) met surtout en exergue une opposition entre Lille et Fives. En 1937-1938, 6 clubs de D1 sur 16 étaient nordistes ! La rivalité Lille-Lens, si tant est qu'elle existât déjà, était en quelque sorte diluée dans l'abondance des oppositions régionales, et particulièrement « métropolitaines ».
 

2/ Un toit qui s’effondre, une rivalité qui naît ?

Lors de la toute première saison d’après-guerre (1945-1946), la presse régionale regrette que le vieux stade Henri-Jooris ne puisse accueillir les 30 000 spectateurs qui se seraient volontiers déplacés pour ce sommet entre Lille et Lens, alors 2e et 3e du championnat. Le marché noir et les failles de la sécurité conduiront à l'effondrement du toit d'une tribune durant le match, sans faire de victime heureusement. Sur le terrain, les Dogues s'imposent 3-1, et la réserve posée par les Lensois n'y changera rien : Lens ne rattrapera plus son voisin, qui file vers son premier titre. Cet incident et ses conséquences sont-ils le point de départ d'une rivalité ?

11_2.png
 

3/ Une finale de Coupe de France comme premier sommet

À l’aube des années 50, le LOSC, avec ses deux titres de champion et ses trois coupes de France peine à masquer une tendance de fond : le football nordiste est en déclin. La disparition des rivaux historiques de la métropole lilloise fait émerger le RCL comme l’adversaire régional. Comme s'il fallait combler un besoin : l'affiche LOSC-RCL se substitue ainsi aux autres. Les désormais rivaux se retrouvent notamment en 1948, en finale de la Coupe de France. Les Lensois, qui sont alors en D2, ne peuvent que constater la supériorité du LOSC, qui s'impose (3-2) devant 60 000 spectateurs à Colombes.

201014-1.png
France Soir, 11 mai 1948
 

4/ Le LOSC se « sert » en terres lensoises

La prospérité sportive du LOSC et son attractivité poussent le club à recruter quelques joueurs dans le bassin minier. Lille peut ainsi se permettre de « débaucher » des talents hors de son territoire : André Strappe à Bully les Mines, Guillaume Bieganski à Dechy, ou encore François Bourbotte, le premier capitaine du LOSC, natif de Loison-sous-Lens, où une rue porte d'ailleurs son nom !
 

5/ 602 minutes sans but lensois dans le derby

Le 25 mars 1951, le Lensois Ludwikowski porte la marque à 2-0 dans un derby que les Sang et Or remportent 2-1. Espérons que les supporters artésiens d’alors aient bien profité de ce but, parce qu’il allait falloir attendre trois ans et demi, soit 602 minutes de jeu avant de revoir un but du Racing dans un derby (3-3, le 9 septembre 1954). Entre temps, le LOSC s’est imposé à 5 reprises en 6 matchs. De quoi accentuer la rivalité.
 

6/ De glorieuses années 90 lensoises… Sauf dans les derbies

Après de longues fluctuations voyant les deux clubs passer l’un et l’autre de l’élite à son antichambre dans les années 60 et 70 notamment, le RC Lens a, il est vrai, connu un ascendant sportif sur son concurrent au cours des années 90. Mais malgré un RCL européen (1995-1996, 1996-1997), puis champion de France (1998) épanoui pendant que LOSC connaissait la relégation en 1997, les derbies n’ont jamais réellement tourné durablement à l’avantage des Sang et Or. Sur les 12 confrontations disputées durant cette décennie 90, seuls 3 ont d’ailleurs été remportés par Lens. Preuve, s’il en fallait une, que même au cœur d’une période plus complexe dans son Histoire, le LOSC a toujours abordé le derby avec un état d’esprit conquérant, alors même que le président lensois déclarait martialement en 1997 qu'« il n'y a plus la place pour deux ».
 

7/ Le retour du derby et 5 minutes de folie

21984249_10155679593497618_1505983688_n.jpg

Le LOSC en deuxième division ? Une anomalie très vite réparée grâce à la fantastique épopée des années 2000. Le dimanche 24 septembre 2000, le derby et toute la passion qui l’accompagne, retrouve sa place parmi l’élite, près de 3 ans et demi après son dernier épisode. Au Stadium, le RCL prend d’abord le dessus sur le promu lillois en ouvrant logiquement la marque par l’intermédiaire d’un Philippe Brunel pas encore Lillois (23’, 0-1). Mais un Dogue ne lâche jamais sa proie, c’est même à ça qu’on le reconnaît. Et si ce derby-là représentait l’illustration parfaite de ce que beaucoup nommaient alors « Le Vahid Time » ? Grâce à deux entrants, Bakari et Peyrelade, le LOSC égalise (85’) et l’emporte (90’) dans les cinq dernières minutes. Épique
 

8/ À Bollaert « à domicile » en Champions League

Une victoire aux forceps pour le retour du derby ? Il n’en faut pas plus pour remuer les braises d’une rivalité devenue historique. Surtout quand les Dogues obtiennent la première qualification européenne de leur histoire dès leur retour en Ligue 1. Propulsé en Champions League, le promu lillois, chouchou des Français pour l’exploit inédit qu’il vient de réaliser, s’en va disputer la plus prestigieuse des compétitions européennes "à domicile" au stade Felix Bollaert, pendant que l’habituel résident lensois ne dispute pas de compétition européenne cette saison-là (2001-2002). Le LOSC évoluera à nouveau "à domicile" à Lens lors de sa campagne de Champions League 2006-2007.

Icon_her_130806_01_03.jpg
 

9/ 2006 : Lille 4, Lens 0

13 aout 2006 : Le LOSC domine le RCL 4-0 au Stadium. Mais le mieux placé pour résumer cette douce après-midi est certainement Peter Odemwingie, triple buteur ce jour-là. « Je me souviens très bien de ce derby. C’était la 2ème journée, nos retrouvailles avec le Stadium, notre public. On avait la Champions League en ligne de mire. Il flottait aussi dans l’air un petit goût de revanche, car on s’était incliné à Bollaert quelques mois plus tôt face aux Lensois (4-2). C’était donc le moment idéal pour jouer ce type de match à haute intensité. Ce jour-là, on était clairement la meilleure équipe sur le terrain. On avait l’approche parfaite : des sourires et de l’agressivité bien placée dans notre jeu. »

Icon_per_130806_44_26.jpg
 

10/ 2008 : course européenne contre course au maintien

10 mai 2008 : le contexte est explosif. Au Stadium, un LOSC qui peut encore espérer accrocher l’Europe accueille un RCL en pleine lutte pour le maintien… à deux journées du terme du championnat. Autant dire qu’il ne s’agit plus seulement d’une question de suprématie régionale, cette fois. Sur le terrain, Cabaye, l’enfant du LOSC, (43’, 1-0), puis Pierre-Alain Frau, l’ancien Lensois (66’, 2-0) offrent aux Dogues la victoire malgré une réduction du score de Monterrubio en fin de match (69’, 2-1). Le Racing est contraint de réaliser l’exploit lors de la dernière journée s’il veut espérer se maintenir parmi l’élite. Le week-end suivant, les Sang et Or sont accrochés par Bordeaux (2-2) et ne peuvent sauver leur place en Ligue 1.

Icon_lam_100508_01_02_0.jpg