À 16 ans, un coup de fil du RCL

Icon_win_060708_02_01.jpg« Je m’en souviens très bien : c’était après un match avec mon équipe de Beauvais, en U16 Nationaux. Comme chaque dimanche, mon père (Bruno Roux, ancien joueur au Havre et au PSG, notamment, ndlr) me dépose au lycée et juste avant de repartir, il me dit qu’un club est intéressé par moi et que si ça m’intéresse, on peut en discuter. Sur le coup, je ne comprends pas bien. Je lui répond : « comment ça un club ? J’ai déjà un club, je joue à Beauvais ». Et là il m’explique que non, c’est un club pro qui me propose d’intégrer son centre de formation la saison prochaine. Ma première réflexion a été de me dire que j’allais devoir quitter mes potes, mon lycée, mon équipe. J’ai quand même demandé le nom du club et il m’a répondu que c’était Lens. Quand t’as 16 ans, ça interpelle. Il ne m’a pas mis de pression, il m’a juste demandé d’y penser tranquillement. J’ai bien réfléchi et quelques semaines après, j’ai accepté de visiter la Gaillette, j’ai vu les installations et j’ai dit oui sans hésiter. Et puis Lens-Beauvais, ce n’est qu’1h40 de route. Heureusement d’ailleurs, car dès mon arrivée, j’ai été blessé au ménisque pendant 5 mois. J’ai donc pu rentrer chez moi, ça a permis de mieux vivre cette mise à l’arrêt. »
 

L’heure des premiers derbies

« Le derby, c’est la première chose dont on m’a parlé à mon arrivée au centre de formation. Il y avait plusieurs jeunes issus de la région comme David Pollet. On sentait que ça leur tenait à cœur. On m’a bien fait bien comprendre qu’il ne fallait pas perdre contre le LOSC. C’est un match sur lequel il y a plus d’attente, plus de monde autour du terrain aussi. Mais le coach, « Pepel » (Pascal Peltier) n’en rajoutait pas une couche. On savait qu’on devait être meilleurs, plus forts et plus beaux que l’adversaire, Lille, la grande ville. Pas besoin d’en rajouter. Je n’ai jamais eu à jouer de derbies LOSC-RCL avec de l’agressivité, des insultes, des gros tacles… Il y avait une rivalité, ça c’est sûr, on la sentait, mais ça restait correct. »
 

Un premier contrat pro, puis un départ précoce

« J’ai signé mon premier contrat pro à Lens en 2008, quand le club descend en Ligue 2. Je me rapprochais du groupe pro. À la Gaillette, les locaux sont disposés de façon à ce que plus on grandit, plus on se rapproche du vestiaire des pros. Je pouvais donc côtoyer des joueurs comme Éric Carrière, Aruna Dindane, j’étais très fier. Mais il y avait beaucoup de monde à mon poste. Difficile de se faire une place. Et puis avec le recul, je pense que je n’étais pas prêt. J’ai joué mon premier match en Coupe de la Ligue (contre Sedan, le 09/09/08). J’ai même marqué. Puis j’ai eu la chance d’entrer en jeu en Ligue 2 contre Metz quelques jours plus tard. Cette saison-là, j’ai surtout joué en CFA, mais ça ne m’a jamais dérangé. Quand le club est remonté, à l’issue de la saison, je me suis dit que je n’avais déjà pas beaucoup joué en Ligue 2, alors ça allait être encore pire en Ligue 1. Au départ je devais partir en prêt. Brest a appelé et m’a proposé un contrat de trois ans pour évoluer en Ligue 2. J’ai pris ma décision en un après-midi. »

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Une explosion et un « gros » transfert chez le champion en titre

« Nous sommes directement montés à l’issue de cette saison 2009-2010 (il marque 15 buts en 34 matchs). Tout se passe très bien pour moi, je refais une belle année en Ligue 1 (6 buts en 28 matchs en 2010-2011) et à l’été 2011, je reçois une proposition de Schalke 04, pour jouer avec Raul. Mais le président de Brest refuse. J’ai été déçu car je pensais y aller. J’ai aussi découvert une autre facette du métier de footballeur avec cette histoire qui a duré tout l’été (sourire). En janvier suivant, le LOSC fait une offre à Brest, qui l’accepte. J’arrive donc en janvier 2012 (pour palier au départ de Moussa Sow à Fenerbahçe, ndlr). Me revoilà dans le Nord, mais sous l’autre maillot, cette fois. Je n’ai ressenti aucune pression liée à mon gros transfert, au fait de rejoindre le champion de France en titre avec des grands joueurs comme Eden Hazard, Rio Mavuba, Florent Balmont, Mathieu Debuchy… C’était une autre dimension, mais tout s’est passé très vite. Je suis monté dans ma voiture à Brest, j’ai fait la route jusqu’à Lille, j’ai passé la visite médicale et deux jours après, je marquais un doublé contre Saint-Étienne au Stadium (3-0, 28/01/12). J’ai été projeté d’un seul coup dans une nouvelle dimension. »
 

Et l’accueil des publics lillois et lensois ?

« Je vais te surprendre, mais je n’ai reçu aucun message négatif de la part des supporters des deux clubs. J’ai été formé à Lens, mais je n’y ai finalement pas beaucoup joué. Avant de signer au LOSC, je n’avais même jamais disputé de derby, à part en CFA où j’avais d’ailleurs marqué. Je pense donc que les premiers souvenirs que les gens ont de moi sont liés à Brest. Je suis même sûr que beaucoup ignorent que j’ai été pro à Lens. »

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Lille ? Un petit truc en plus

« Le LOSC reste le club pour lequel j’ai le plus joué chez les pros. J’y ai découvert la Champions League, l’Europa League, j’y ai évolué aux cotés de très grands joueurs, dans un très grand stade. C’est aussi là-bas que je me suis fait beaucoup d’amis, où j’ai acheté une maison. Tout a été rassemblé ici. J’ai un attachement particulier pour ce club. Pas plus tard que mardi, j’ai regardé LOSC-Wolfsburg (0-0). Je voulais voir le Stade Pierre Mauroy en mode Champions League. Il y a toujours eu un petit quelque chose quand je suis revenu à Lille. Aujourd’hui encore, je garde toujours un œil sur les résultats du LOSC. Ce que l’équipe a réalisé la saison dernière est très fort, mentalement et physiquement. On a reçu les Lillois à Nîmes en janvier dernier (0-1) et ce soir-là, ils ont eu cette petite réussite du champion en sachant marquer et tenir le score. Leur titre est mérité, car ils n’étaient pas attendus et ont su tenir la pression du PSG. »
 

Seulement deux derbies disputés chez les pros

Je n’ai croisé le RC Lens qu’à deux reprises quand j’évoluais au LOSC, en 2014-2015, la saison où Bollaert était en travaux. Le match aller (1-1, 07/12/14) s’était joué au Stade de France. Vous pouvez demander à n’importe quel joueur ayant disputé ce match, il vous dira que ce n’était pas un « vrai » derby. Je n’en garde pas un super souvenir. L’ambiance avait du mal à décoller, dans ce stade assez impersonnel où les tribunes sont reculées. Au retour (3-1, 03/05/15), c’était beaucoup mieux au Stade Pierre Mauroy, je me souviens du but de Djibril Sidibé, j’étais juste à côté de lui. C’était le retour du derby, avec tout ce qu’il y a autour et un stade rempli de supporters lillois. »

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Aucun classement ne compte dans un derby

« Comment je sens le derby de samedi ? Comme tous les derbies, le classement n’existe pas. C’est peut-être une phrase basique, mais ça se vérifie souvent. Il faut occulter la forme des deux équipes, le niveau de chacun, le classement… Contre Wolfsburg, le LOSC aurait mérité de marquer un but et de l’emporter. Mais je suis à peu près certain que dans leur tête, aucun joueur ne repensera à ce match, samedi. La seule chose qui va primer, c’est l’envie, celle d’avoir une détermination plus grande que l’adversaire. Et en cela, les discours des coachs sont très importants. Ce sont eux qui inculquent cette identité qui fait qu’il se passera telle ou telle chose pendant le match. Mon pronostic ? Je ne prends aucun risque, je dirais 1-1. »

 


Châteauroux, pour le plaisir du foot


À aujourd’hui 33 ans, Nolan Roux a débuté cet été une nouvelle aventure sous un nouveau maillot , le 10ème de sa carrière, celui de Châteauroux (qu’il avait déjà porté lorsqu’il était enfant), au cœur du championnat National.

E8H12izWEAERlGH.jpgAvec Michel Denisot et Marco Simone
« Je suis content d’avoir trouvé un beau challenge et le plaisir de rejouer au foot. Le club de la Berrichonne (présidé par Michel Denisot, ndlr) a récemment été repris par un grand groupe très ambitieux (les Saoudiens de United World Group) et qui fait beaucoup pour le club. Le centre d’entraînement est en train d’être refait. Il y a aussi l’objectif de retrouver la Ligue 2 le plus vite possible. Notre entraîneur est Marco Simone, qui a été un grand joueur. Ça se ressent dans son discours, sa méthode et sa façon d’aborder les matchs. Je peux vous dire que quand vous êtes attaquant et que vous faites une séance devant le but avec Marco Simone, vous êtes très attentif à ce qu’il vous dit. »

Le plaisir du foot, tout simplement
« La saison dernière a été assez compliquée à vivre pour moi à Nîmes. D’abord parce que l’équipe a été reléguée, mais aussi parce que je n’ai pas beaucoup joué. Je n’ai donc pas pris beaucoup de plaisir. J’avais envie de trouver un endroit où on me propose un projet, où je sens un club qui me fait confiance, où je joue, même si ça, on ne peut jamais le savoir d’avance. Marco Simone m’a donné envie de venir. J’ai aimé son discours. Avant mon premier match, contre Saint-Brieuc (0-0) il y a deux semaines, il m’a dit : « amuse-toi, retrouve le plaisir de jouer ». Ça peut sembler bête, dit comme ça, mais c’est juste. Et ça je l’ai toujours dit : le jour où je ne prendrai plus de plaisir sur un terrain, j’arrêterai. C’est ce qui m’anime depuis toujours, le plaisir du foot. »
 


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Nolan Roux

 

Né le 1er mars 1988 à Compiègne (60) – Attaquant

Carrière : La Berrichonne de Châteauroux (1994-1996), AS Bessancourt (1996-1997), AS Beauvais Oise (1997-1999), Stade Malherbe Caen (1999-2002), AS Beauvais Oise (2002-2003), RC Lens (2003-2009), Stade Brestois 29 (2009-2012), LOSC (2012-2015), AS Saint-Étienne (2015-2017), FC Metz (2017-2018), En Avant Guingamp (2018-2020), Nîmes Olympique (2020-2021), La Berrichonne de Châteauroux (depuis 2021)