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Été 2000. Cinq ans après Nantes 95’, tu viens de remporter ton deuxième titre de champion de France, avec l’AS Monaco cette fois. Tu as 30 ans et contre toute attente, tu signes chez le promu lillois. Pourquoi un tel choix ?
Je ne jouais plus beaucoup à Monaco, j’avais besoin d’un nouveau challenge. Et puis je correspondais un peu au profil de joueur d’expérience que recherchaient Pierre Dréossi (Directeur Sportif) et Vahid Halilhodzic (Entraîneur). J’ai donc rejoint cette équipe très solidaire avec beaucoup de talents et d’immenses qualités collectives. Vahid avait d’ailleurs un peu d’appréhension dans le sens où il ne voulait surtout pas que les nouvelles recrues viennent perturber l’harmonie du groupe. Il me l’avait bien fait sentir. Mais je n’avais aucun doute là-dessus. Je sais m’intégrer et je partageais les mêmes valeurs que les autres joueurs.

pignol_lille_2000_2.jpgQuel groupe trouves-tu à ton arrivée dans le Nord ?
Un groupe exceptionnel, dans la lignée de ce que j’avais pu observer lorsque le LOSC m’avait invité à assister au match du titre en D2, à Grimonprez-Jooris (LOSC-Laval, 20/05/00). Je venais d’accepter le challenge lillois, les dirigeants m’avaient convié à cette soirée et déjà, j’avais été imprégné par l’ambiance qui régnait au sein de ce groupe, mais aussi par sa relation avec le public. Quelque part, j’étais un peu impressionné à l’idée de devoir m’intégrer à ce groupe-là. Mais je ne me faisais pas de soucis et puis j’en connaissais certains membres comme Laurent Peyrelade et Pat’ Collot. Du fait que je connaissais la D1, que j’avais déjà joué la Champions League et que j’arrivais de Monaco, le champion en titre, j’étais vu comme un renfort dans ce groupe à forte identité, mais dont la plupart des membres découvraient la D1.

Sur le terrain, à l’entraînement, ça ressemblait à quoi, cette fameuse « méthode Vahid » ?
J’avoue avoir été un peu surpris (il se marre). Ça ne ressemblait pas à ce que j’avais connu. Je me rappelle de longues discussions avec Pat’ Collot pendant les stages. Je lui confiais ma surprise sur certaines choses. Mais très vite, on se plie aux exigences, on s’adapte aux règles du groupe, du coach, et on avance.

Tu participes activement à la première partie de saison (19 matchs, dont 15 titularisations) et puis arrive ce 10 avril 2001…
Je suis tombé malade. Après la première partie de saison, nous étions partis en stage à Casablanca pendant la trêve hivernale. À notre retour, je commençais à me sentir fatigué. Je n’arrivais plus à suivre, j’avais du mal physiquement. Vahid me demandait sans arrêt comment j’allais, si j’allais pouvoir reprendre les entraînements, mais je ne retrouvais pas la forme. J’avais même du mal à faire le tour de la Citadelle en footing avec Jean-Pierre Mottet (Entraîneur des gardiens). Avec le recul, je me suis rendu compte que cette fatigue était anormale, mais sur le coup, je pensais que j’avais simplement attrapé un petit virus. J’ai donc demandé une prise de sang au staff médical. J’étais loin d’imaginer qu’il y avait quelque chose de grave. Le verdict m’est tombe dessus de façon brutale : on m’a découvert une leucémie.
 

"Dans cette période difficile de ma vie, je garde cette image des gens de la région qui m’ont toujours beaucoup soutenu"


Comment vit-on cela quand on est sportif de haut niveau, en pleine force de l’âge ?
C’était très dur. Heureusement, j’ai reçu un soutien sans faille de la part du club, de mes coéquipiers, mais aussi les gens du Nord de façon générale. Quand le LOSC m’a appelé, je n’ai pas hésité une seconde à venir pour ce rassemblement des joueurs de la génération 2000-2001 et ce match face à Salzbourg, même si au final, je n’ai pas participé à la Champions League 2001. Dans cette période difficile de ma vie, je garde cette image des gens de la région qui m’ont toujours beaucoup soutenu. Grâce à toute cette force, grâce à la médecine, grâce au fait que j’étais un sportif de haut niveau, j’ai réussi à faire face, à me battre pendant une année, puis à me reconstruire. Maintenant, ça fait 20 ans et parfois, je me dis que cette épreuve, c’est peut-être une chance pour moi dans le sens où quand tu es frappé par une maladie comme ça, ça t’ouvre les yeux sur beaucoup de choses. Quelque part, je vois la vie différemment depuis. Mais pour tenir ce genre de discours, il faut beaucoup, beaucoup de recul.

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Après cette épreuve, tu as d’abord souhaité reprendre le fil de ta carrière, au LOSC. Tu confirmes ?
Il me restait un an de contrat avec le LOSC. Vahid voulait que je revienne sur la préparation de la saison 2002-2003. J’ai donc accepté de faire une préparation physique dans le sud, où j’étais basé et de rejoindre l’équipe en stage. Mais cette prépa’ m’a emmené, après un mois et demi, à me rendre à l’évidence que je n’étais plus capable, ni physiquement, ni mentalement, de faire les efforts, les sacrifices nécessaires au football de haut niveau. Je n’en avais plus envie. Je voulais profiter de la vie, tout simplement. J’ai donc été honnête, d’abord avec moi-même, mais aussi avec le club, parce que je ne voulais pas venir pour prendre mon salaire sans rendre service à l’équipe. On s’est donc rencontrés avec les dirigeants. C’était l’époque de la passation de pouvoir entre le duo Francis Graille-Luc Dayan et Michel Seydoux. On s’est assis autour d’une table et en discutant, je leur ai fait part de mon souhait d’arrêter. Ils m’ont répondu : « Entendu. Il te reste tant de mois de contrat, on te doit tant ». Voilà, ça s’est réglé comme ça. Jusqu’au bout, le LOSC s’est montré d’une correction incroyable vis-à-vis de moi, à l’image de la façon dont ils m’ont accompagné, ma femme et mes enfants sur le plan matériel, durant ma maladie.

Gardes-tu un œil sur le LOSC d’aujourd’hui ?
(sans hésiter) Oui, toujours. Mon club de cœur, de par mes quatre années vécues et le tire de champion, reste le FC Nantes, mais juste après, il y a et il y aura toujours le LOSC. Ce n’est pas tant sportivement, car aujourd’hui encore, les supporters lillois gardent avant tout de moi le souvenir de ma maladie plus que de mes performances sur le terrain. Mais rien que sur ces quelques mois passés au sein de ce groupe qui était doté de vraies valeurs de solidarité, de combativité et de générosité, le LOSC et la ville de Lille garderont une place spéciale dans mon cœur.

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Christophe Pignol entre Sylvain N'Diaye et Patrick Collot, devant Dagui Bakari et Benoît Cheyrou notamment, mardi dernier en marge de LOSC-Salzbourg

On fête cette année les 20 ans de cette épopée 2001. Que penses-tu de l’évolution du LOSC depuis ?
J’avais déjà eu la chance de revenir ici, puisque j’ai travaillé quelques temps pour beIN Sports. Il m’est donc arrivé de commenter des matchs au Stade Pierre Mauroy. Je peux dire que le LOSC a énormément évolué, à l’image du football dans sa globalité. J’ai eu l’occasion de visiter le Domaine de Luchin, un outil incroyable. Dans le foot d’aujourd’hui, nous sommes dans la haute performance, dans le détail, dans la recherche de tout ce qu’on peut apporter pour le bien entre des joueurs.

Quel regard portes-tu sur ce que le LOSC est en train d’accomplir depuis quelques saisons ?
La saison dernière a été exceptionnelle avec ce titre de champion. Finir en tête devant des clubs dont on sait que les moyens sont supérieurs à ceux du LOSC est la preuve qu’il y a du travail, du sérieux, de la compétence et du talent dans ce club. Jocelyn Gourvennec, que je connais très bien pour avoir joué avec lui à Nantes, est arrivé cet été pour prendre la succession à la tête de cette équipe. C’est une mission pas évidente dans une année post-titre toujours complexe. Il faut lui laisser le temps de construire un nouveau cycle dans la continuité du précédent et avec des ambitions élevées. Le LOSC est aujourd’hui en position de se qualifier en Champions League. C’est important.

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De gauche à droite, Christophe Pignol, Serge Le Dizet, David Marraud, Jocelyn Gourvennec et Laurent Guyot sous le maillot du FC Nantes en 1995

Ce week-end, le LOSC reçoit le FC Nantes, deux clubs qui te sont chers et qui sont situés dans les mêmes eaux au classement (11ème et 12ème). Comment le sens-tu ?
Les deux équipes ont des résultats en dents de scie. Les Nantais ont réalisé un début de saison positif avant de marquer le pas à l’amorce d’un calendrier plus compliqué. On sent un effectif moins étoffé que celui du LOSC. Antoine Kombouaré doit aussi faire avec une atmosphère autour du club pas vraiment propice à une sérénité de travail. Quant à Jocelyn, il est lui aussi en quête d’une dynamique en championnat. Je n’ai aucun doute sur sa réussite. Il est dans un environnement sain et possède l’expérience nécessaire pour y parvenir.

Un petit mot sur toi, quels sont tes projets aujourd’hui ?
Après ma carrière, j’ai dirigé pendant 13 ans un complexe de futsal à Gémenos, près d’Aubagne. Nous étions d’ailleurs les premiers à nous installer dans le sud. Ça avait bien fonctionné, mais le Covid-19 est passé par là. Nous avons finalement vendu le complexe. J’ai donc basculé sur un nouveau projet destiné à donner un sens à la maladie et à mon parcours de vie. Je me suis d’abord remis aux études, j’ai passé un diplôme universitaire de coaching mental ciblé sur la cancérologie, à Marseille. Et aujourd’hui, j’accompagne les gens après leur traitement, lorsqu’ils sont en rémission, à travers des reconstructions physiques et mentales. J’évolue dans des structures existantes, je bénéficie donc de l’appui de spécialistes comme des psychologies, des diététiciens, des kinés. Je travaille sur le mental en essayant de faire le parallèle entre le sport de haut niveau et le cancer. Car il existe plusieurs leviers similaires à actionner.

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Christophe Pignol

Né le 15 octobre 1969 à Aubagne (13)
Défenseur latéral gauche

Clubs successifs : FC Beaudinard, AS Mazargues, AS Saint-Étienne (1986-1991), FC Istres OP (1991-1993), FC Nantes (1993-1997), AS Monaco (1997-2000), LOSC (2000-2002), Andrézieux-Bouthéon FC (2002-2003)

Palmarès : Champion de France 1995 (FC Nantes) et 2000 (AS Monaco) ; Demi-finaliste de l’UEFA Champions League 1996 (FC Nantes) et 1997 (AS Monaco)

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