Ce LOSC-PSG, comment l’abordes-tu ?
Comme un gros match, qui cette fois se jouera à la maison. Ça va nous faire du bien de retrouver tout notre public. Si notre préparation est différente avant une telle affiche ? Non, pas vraiment. On sait qu’en Ligue 1, toutes les équipes sont fortes. On aborde donc chaque match de la même façon, avec le seul objectif d’être prêt à donner 100% le jour J.

Mais à titre personnel, ce match n’est-il pas particulier pour toi ?
Si, forcément (il sourit). J’ai été formé au Paris Saint-Germain. J’ai grandi là-bas, j’y suis devenu footballeur professionnel, j’y ai signé mon premier contrat pro et fait mes premiers pas en équipe première. Ça restera donc toujours un adversaire spécial pour moi.

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On va remonter le temps. Nous sommes 2014, tu as 14 ans et tu arrives en France, toi le jeune Newyorkais. Comment as-tu vécu ce grand changement dans ta vie ?
J’étais très jeune, je ne parlais pas du tout Français. Dès mon arrivée, je me suis retrouvé au collège avec tous les autres joueurs du centre de formation du PSG. J’avais des cours en plus pour apprendre rapidement le français. J’en garde de très bons souvenirs avec des garçons comme Yacine Adli qui est aujourd’hui à Bordeaux ou encore Claudio Gomes (aujourd’hui à Barnsley). Il y avait aussi Bouba (Soumaré) et Jorko (Ikoné). C’était vraiment bien, on a passé de bons moments.

Une transition plutôt fluide, donc ?
Oui, même si j’avoue que tout n’était pas facile au début. Le changement de vie était quand même assez dingue. Je passais de New York à Paris. Ce sont deux grandes villes mais qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre. Je ne parlais pas la langue, j’étais loin de ma famille… Mais les gens du PSG m’ont vraiment mis dans les meilleures dispositions pour pouvoir vite m’intégrer à la France et au club. Je les remercierai toujours pour ça.

Et côté ballon, as-tu décelé une différence de niveau entre le soccer américain et le foot français ?
Pas vraiment. Aux States, je jouais dans l’académie des New York Red Bulls avec des joueurs qui étaient très forts, dont plusieurs sont aujourd’hui en équipe nationale. En arrivant au PSG, j’ai aussi trouvé des joueurs très forts. Quand tu es footballeur, surtout quand tu es jeune, tu as besoin de ça, tu as l’ambition d’être encore plus fort. Donc tu aimes évoluer avec les meilleurs. Tu apprends plus vite.

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Quand on s’appelle Weah et qu’on signe au PSG, ça fait forcément parler… À tes débuts à Paris, comment as-tu vécu cet héritage laissé par ton papa, George, immense star du PSG dans les années 90 ?
Plutôt bien. Je voyais que tout le monde au club respectait beaucoup mon père. C’était un immense honneur pour moi et ça me donnait encore plus l’envie d’être bon sur le terrain. Pour le club, mais aussi pour rendre fier mon père. J’avais la dalle. Je ne ressentais pas spécialement de pression. Peut-être qu’elle existait autour, mais moi, de là où j’étais, je ne la voyais pas. Je pensais seulement à jouer au foot et à profiter avec mes amis.

Au PSG, tu franchis toutes les étapes, à commencer par la Youth League que tu disputes par deux fois (2016-2017 et 2017-2018). Quel souvenir en gardes-tu ?
Un très grand moment car pour ma première titularisation, alors que j’étais surclassé, j’inscris un triplé contre Ludogorets (1-8, le 28/09/16). Sur le moment, c’était vraiment le plus beau jour de ma vie, je venais de franchir une nouvelle étape dans ma progression, dans une grande équipe, aux côtés de joueurs comme Christopher Nkunku, Colin Dagba, Antoine Bernède, Bouba Soumaré…. J’étais le plus heureux du monde.

Tu signes pro à 17 ans, puis tu effectues tes débuts en Ligue 1 l’année suivante. Plutôt précoce comme démarrage. Comment l’as-tu vécu ?
Là encore, c’était incroyable pour moi de me retrouver aussi jeune dans cette équipe-là. Je me souviens que lors de mon premier match (il remplace Giovani Lo Celso à la 79ème minute de Troyes-PSG, 0-2, le 03/03/18), il y avait des joueurs comme Dani Alves, Thiago Silva, Thiago Motta, Edinson Cavani… Pour moi, c’était fou de me retrouver-là. C’était mon rêve. Je n’oublierai jamais ce jour.

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Mais à ton poste, la concurrence est rude. En 2019, tu es prêté au Celtic, puis quelques mois plus tard, tu signes au LOSC. Comment as-tu vécu ce transfert, le premier de ta carrière ?
C’était le meilleur choix pour moi. Et aujourd’hui, je peux le confirmer. Je suis très bien ici. Lille, c’est vraiment ma famille, ma maison. À chaque fois que je suis sur le terrain, j’essaye de donner toute ma force pour ce club, pour les supporters. J’aime beaucoup cette région, cette ville à la fois grande et calme. Je suis quelqu’un qui ne sort pas beaucoup. J’aime la tranquillité. Ici, tu peux te balader, c’est joli, c’est chargé d’histoire. Il fait juste un peu froid (sourire). Un peu comme à Paris.

Quel regard portes-tu sur votre première partie de saison ?
On a vécu un début de championnat assez compliqué, on ne gagnait pas beaucoup. Parfois, c’est comme ça. Il faut faire avec et vite se reprendre. C’est du passé maintenant, on a réussi à rebondir. Le fait de s’être qualifié pour les 1/8èmes de finale de la Champions League nous a, je pense, donné un coup de boost. On continue d’aller de l’avant, même si la Ligue 1 est un championnat difficile. Le groupe est uni, on est une vraie famille. Tout le monde est ensemble et a envie de réussir.

À titre personnel, tu disputes ta troisième saison sous le maillot du LOSC. Comment te sens-tu ?
Je pense que je continue ma montée en puissance dans l’équipe. J’essaye de tout donner, de faire le maximum pour marquer et faire marquer. Je suis de plus en plus confortable dans mon jeu. Je dois juste continuer comme je le fais et les buts ainsi que les passes décisives viendront naturellement.

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Difficile de résumer tes trois saisons lilloises sans revenir sur cette fantastique saison 2021 avec un titre de champion à la clé. Qu’en gardes-tu ?
Ça, c’est clairement l’un des meilleurs souvenirs de ma vie. C’était juste… (il souffle) Le titre de champion, je l’avais déjà gagné avec le PSG. C’était déjà un grand souvenir, mais ici, c’était incroyable parce qu’en début de saison, personne ne croyait en nous. Je me souviens que dès le départ, j’avais dit qu’on pouvait être champion et on l’a fait. Ce n’était pas facile, c’était même très dur. Combien de fois on a marqué un but à la fin qui nous a donné les trois points ? Ça restera en moi pour toute la vie.

Tu viens d’en parler. Tu as deux titres de champion avec le PSG (2018, 2019), un avec le LOSC (2021), mais aussi deux Trophées des Champions (PSG 2018, LOSC 2021) ainsi qu’un titre de champion d’Ecosse (2019). Un palmarès assez dingue, quand on n’a que 21 ans. Comment l’expliques-tu ?
Je ne sais pas (il rigole). C’est marrant. J’ai peut-être fait les bons choix de carrière en me retrouvant dans les bonnes équipes au bon moment. Quand je suis arrivé au LOSC, le club sortait de deux saisons assez difficiles. Le groupe s’est réfugié dans le travail. Il n’y a que ça qui paye, de toute façon. Tout le monde a beaucoup bossé, avec concentration et sérieux. L’esprit d’équipe a toujours été là. Nous sommes une famille. Et c’est ça qui fait gagner des titres. Quand tu gagnes, tu as encore plus faim, tu veux gagner encore et encore. C’est pour ça que quand on perd un match, on voit les joueurs si énervés et déçus. L’ambition, c’est ça.

Le week-end prochain, tu retrouves donc le PSG. Tu y as encore des amis ?
Oui, beaucoup, même. Kylian (Mbappé), Layvin (Kurzawa), Thilo (Kehrer), Colin (Dagba), Junior (Dina-Ebimbe), mais aussi les plus jeunes avec qui j’étais au centre. Je connais même encore pas mal de monde dans le staff. C’est toujours un plaisir de tous les croiser.

En parlant d’amis, on te sait très proche de Jo David que tu vas d’ailleurs très bientôt croiser avec ton équipe nationale des USA. Comment cette amitié est-elle née ?
On est ami, c’est vrai. C’est peut-être nos origines new-yorkaises ou le fait qu’on parle la même langue, qu’on ait la même culture. À son arrivée, il n’y avait pas beaucoup d’anglophones dans le groupe. Nous nous sommes donc rapprochés assez vite. Ça a été un peu la même chose avec Angel (Gomes) que je connais depuis 2012 à travers nos matchs USA-Angleterre depuis les équipes jeunes. À force de jouer mille fois contre lui, j’ai commencé à le connaître. Et à l’apprécier (sourire).

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