Derrière chaque joueur se cache un homme et derrière chaque homme, un voyageur. Mais qui es-tu, d’où viens-tu, où vas-tu, Edgar Ié ?

BISSAU NA BISSAU

Je suis né en Guinée-Bissau, un petit pays africain où je vivais avec ma tante, car mes parents travaillaient beaucoup. Mais à mes 13 ans, en 2007, je suis parti vivre au Portugal. Mon père, qui voyageait énormément dans toute l’Europe, y avait trouvé un travail. Ce fut un premier changement important dans ma vie.” À peine sortis de l’enfance, Edgar et son frère jumeau (voir par ailleurs) découvrent donc le Vieux Continent, mais ne changent pas de langue (ancienne colonie portugaise indépendante depuis 1973, la Guinée-Bissau est lusophone). “Je peux le dire, aujourd’hui, je me sens autant Portugais que Bissau-Guinéen. J’aime mon pays d’origine, il évolue énormément, il progresse, se développe sur le plan touristique, devient de plus en plus accueillant. J’y retourne dès que je peux, car j’y conserve de la famille, mes racines.”

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UN NOUVEAU PAYS… TRÈS VITE CONQUIS

Pas encore adolescent, le jeune homme plonge donc dans une nouvelle culture la tête la première, et sans se mouiller la nuque. “Au départ, c’était forcément compliqué, la vie n’était pas la même, et puis ma tante, mes amis me manquaient. Mais je me suis adapté, j’ai découvert l’Europe et toutes ces nouvelles activités, comme… la PlayStation (sourire), par exemple. Côté foot, tout changeait aussi. Les Portugais sont plus techniques. Là encore, j’ai observé, analysé, puis je me suis mis au niveau.” Une première licence à Oeiras, une petite ville dans la banlieue de Lisbonne, entre la célèbre Tour de Belém et la station balnéaire d’Estoril. Et très vite, Edgar y gagne un billet pour rejoindre le centre de formation du Sporting CP, l’un des plus grands clubs du pays. Nous sommes en 2008, il a 14 ans et sans le savoir, se trouve à l’aube d’une prometteuse carrière… qui le verra bientôt défendre le maillot du Portugal Espoirs. Vous avez dit adaptation rapide ?

EDGAR EDI, COPIÉ COLL’IÉ

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Cette force de caractère incroyable, Edgar la tient assurément de ce lien qui l’unit à son frère jumeau, son portrait craché, Edelino (“mais on le surnomme “Edi”), lui aussi footballeur de talent. Ce n’est d’ailleurs pas un seul Ié que les détecteurs du Sporting CP dénichent, en 2008, mais un duo, un binôme. “Nous sommes arrivés ensemble au Portugal et avons été recrutés en même temps par le Sporting. Même aujourd’hui avec la distance (après un crochet par la Lituanie, Edi est revenu au Portugal, à Braga), on reste très souvent en contact, on s’inspire chacun l’un de l’autre. Lui joue milieu de terrain, mais comme moi, c’est un combattant. Quand on se fait des “un contre un”, aucun de nous deux ne lâche. On ne veut pas perdre, on se bat jusqu’au bout”.

ET APRÈS ÇA ? IL Y A LE BARÇA

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En 2012, Edgar est à peine majeur quand arrive la proposition du FC Barcelone. Et le Barça, tout footeux vous le dira, ça ne se refuse pas. Rebelote : changement de pays, de culture, d’environnement, avec cette fois une nouvelle langue (ou plutôt deux, en comptant le Catalan). “Je me suis intégré en répétant exactement le même schéma qu’à mon arrivée au Portugal, les mêmes étapes d’observation, d’ouverture et d’adaptation. Sauf que cette fois, j’avais cinq ans de plus, j’étais donc plus mature pour gérer tout ça". Le jeune homme parachève son apprentissage au sein de la Masia, le prestigieux centre de formation du club blaugrana pendant trois ans. Il apparait même avec l’équipe première, aux côtés des Iniesta, Pedro et autre Rakitic, pour un match en 2014, puis s’envole pour Villarreal (2015-2017) avant un retour à Lisbonne, à Belenenses (2017).

LE COEUR DÉJÀ LILLOIS

Été 2017, nouveau changement, nouveau déménagement. Direction Lille, le LOSC et son nouveau projet. Et pour la première fois, une région au mercure… moins clément. “Je commence à sentir la différence de température. Le froid, la pluie se font plus réguliers. Mais j’aime la vie ici, les gens sont très accueillants et chaleureux avec moi quand je me promène et qu’ils me reconnaissent. Je sors très peu, vous savez, mais j’ai déjà pu découvrir ma nouvelle ville. J’aime par exemple aller diner dans les restos de la rue de Solferino ou du centre-ville. Je commence à prendre des cours de français, j’apprends doucement. En tout cas, j’en ai envie. Je suis content d’être ici, je sais que je vais progresser au contact d’un entraîneur comme Marcelo Bielsa.”

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Une interview issue de #LOSCInTheCity numéro 1

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