On vous parle d’un temps que les moins de… trente ans ne peuvent pas connaître. Mais s’ils sont vraiment amoureux du LOSC, ils en ont forcément déjà entendu parler.

 

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Posté par LOSC sur samedi 23 janvier 2016

 

25% de chances de qualif’… et pourtant

Nous sommes le 12 mars 1985, dans un stade Grimonprez-Jooris archi-comble. Sur le terrain (en mauvais état ce soir-là) se tient l’affiche des 1/16es de finale retour de la Coupe de France : le LOSC affronte le grand Bordeaux de Tigana, Dropsy, Battiston et Lacombe. Car oui, l’épreuve de la Vieille Dame se disputaient alors en deux manches (à partir des 1/16es).

Défaits 3-1 en Gironde lors du premier acte, les hommes de Georges Heylens n’affichaient alors qu’un mince 25% de chances de qualification. Une mission impossible qui le devient d’autant plus lorsqu’Audrain part seul au but et ouvre le score pour les visiteurs (7’, 0-1). À cet instant, le LOSC doit marquer trois fois (sans encaisser d’autre but) pour accrocher d’hypothétiques prolongations contre le champion en titre (également futur champion de France et demi-finaliste de la Champions League 84-85).

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Le Bordelais Léonard Specht protège le ballon pour son gardien, Dominique Dropsy, devant Pascal Plancque.

Planque allume la mèche, Grimonprez-Jooris s’embrase !

Mais le Dogue est coriace et son public tenace. Stéphane Plancque, d’un coup-franc direct, égalise avant la pause (34’, 1-1) « J’étais trop près pour la placer au-dessus du mur. Ou alors il aurait fallu viser la lucarne, mais je ne le sentais pas, se souvient l’intéressé. Alors j’ai frappé fort au sol, car je savais que le mur bordelais sautait souvent sur coup-franc. »

Il n’en fallait pas plus pour attiser l’étincelle. « À 0-1, on se dit que c’est mort, surtout face à une équipe composée d’autant d’internationaux, se rappelle Michel Titeca, milieu lillois qui n’a pas participé à la rencontre. Mais à 1-1, les gens se sont mis à y croire, l’ambiance est montée petit à petit, jusqu’à devenir complètement folle. »

Quand les rugbymans lillois dominent le Sud-Ouest

La suite ? Elle se range désormais dans les livres d’Histoire du football. Boro Primorac sur un coup-franc de Pascal Plancque (56’, 2-1), puis Pascal Guion, à la récupération et à la conclusion d’un contre éclair (58’, 3-1), arrachent l’inespérée prolongation. Poussé par un stade en fusion, le LOSC se sent pousser des ailes. Primorac de la tête vient libérer le camp lillois (92’, 4-1), avant que Savic ne porte le coup de grâce (118’, 5-1).

Trente ans plus tard, lorsqu’on décortique les fondements mentaux d’un tel exploit, on y trouve un ressort pour le moins original… « Je me souviens qu’au match aller, on s’était chauffés avec le banc bordelais, qui nous accusait notamment d’être des rugbymans, se remémore Stéphane Plancque. Et ça, je peux vous dire qu’on n’avait pas aimé. On s’était fait la promesse de sauver notre honneur au retour. Nous étions déterminés à laver l’affront ! Je revois encore Éric Péan me demander de lui donner des coups de poings au visage avant le match, dans le vestiaire… comme un rugbyman (sourire). Nous étions survoltés ! Croyez-moi que les Bordelais l’ont compris dès les premières minutes. »

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Pascal Guion à lutte avec Patrick Battiston.


Qu’en reste-t-il aujourd’hui, 30 ans après ?

Le souvenir d’un match culte pour toute une génération de joueurs, de dirigeants et de supporters.

Éric Péan, défenseur : « C’est probablement le souvenir le plus intense que je garde de mes années lilloises. Ce match-là, tous les joueurs de ma génération ont dû vous en parler. Personne ne peut l’oublier. »

Michel Titeca, milieu de terrain : « J’avais 20 ans, je n’étais pas dans le groupe ce soir-là, mais en tribune. Et je m’en souviens parfaitement, c’était un match de fou. Alors je n’ose même pas imaginer ce qu’ont vécu les acteurs sur le terrain. »

Stéphane Planque, milieu de terrain : « Nous étions une équipe de milieu de tableau, pas habituée à vivre de telles émotions. Notre objectif en début de saison consistait notamment à accueillir un "gros" en coupe pour réaliser un exploit, comme ce match contre Bordeaux. D’ailleurs, quand j’ai signé à Bordeaux, 6 ans après, on m’en a tout de suite reparlé. »

Jean-Pierre Mottet, gardien de but : « Ce soir-là, on a joué avec nos tripes, c'était typiquement un match de coupe. Il ne se passe pas une année sans qu’un supporter ne m’en parle. Pour pas mal de monde cette rencontre reste inoubliable. »

Jean-Michel Vandamme, entraîneur adjoint : « LOSC-Bordeaux 85 ? Un moment fort qui a créé un incroyable engouement, au moment où le club en avait besoin, car il en était sevré. Cela a généré une euphorie, une pulsion, un pic de bonheur, mais aussi une prise de conscience. On a compris qu’on était capable de bousculer les gros. »

Benoît, supporter : « L’ambiance était surréaliste, je n’avais jamais connu ça par le passé ! Cette saison-là, nous avons été sortis en demi-finale par Monaco. Pour la petite histoire, on y avait tellement cru que nous avions acheté à l’avance nos billets pour la finale… qui fut finalement Monaco-PSG (1-0). »

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 Philippe Périlleux congratulé par Stéphane Plancque, sous les yeux de Jacques Verhaeghe, l'historien du LOSC.



La feuille d’un match mythique
1/16e de finale de Coupe de France retour (3-1 pour Bordeaux à l’aller)
12 mars 1985 – Stade Grimonprez Jooris (20 000 spectateurs)

24.png LOSC - Girondins de Bordeaux 23.png : 5-1 (1-1)

Arbitre : M.Vautrot
Buts : Audrain (7e) pour Bordeaux ; Plancque (34e), Primorac (56e, 92e), Guion (58e), Savic (118e) pour le LOSC

LOSC : Mottet – Kourichi, Péan, Primorac, Thomas – Périlleux, S.Plancque, P.Plancque, Bureau (Robin, 28e), Guion (Courson, 70e), Savic
Entraîneur : Georges Heylens

Bordeaux : Dropsy – Battiston, Rohr, Specht, Thouvenel – Tigana, Gimenez, Martinez, Chalana, Audrain, Lacombe
Entraîneur : Aimé Jacquet

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Souvenez-vous, le 15 avril 2006, le LOSC avait rendu hommage à cette équipe de légende en marge d'un LOSC-Bordeaux qui avait d'ailleurs vu les Dogues s'imposer 3-2 au Stadium.


La suite du parcours ?

En 1/8e de finale de cette passionnante édition 1984-1985 de la Coupe de France, les Lillois avaient ensuite disposé d’un autre pensionnaire de D1, le FC Rouen (2-1, 0-0), avant de signer un autre exploit en quarts de finale face au non moins grand Saint-Étienne (défaite 1-0, puis victoire 0-2). L’épopée s’est  malheureusement arrêtée aux portes de la finale, face à l’AS Monaco (défaite 2-0, victoire 1-0).

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