Jeune joueur mais déjà coach dans l’âme

200727Norton4.png« J’ai commencé le football assez tard, vers 16 ans, dans un petit club près de Lisbonne, à Estoril, puis rapidement au Benfica où je suis devenu international junior. J’ai ensuite signé pro et j’ai poursuivi ma progression dans plusieurs clubs portugais (Académica Coimbra, Estoril, Atletico Portugal, Belenenses). Parallèlement à ma carrière, j’ai continué à étudier l’éducation physique avec spécialité football, si bien qu’à 23 ans j’étais diplômé entraineur de niveau A. J’ai d’ailleurs été brièvement entraîneur-joueur du club dans lequel j’évoluais alors (Atletico Portugal) à l’âge de 23 ans, pendant deux matchs, le temps d’assurer un intérim. »
 

Une rencontre décisive avec le meilleur entraineur du monde

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« À 24 ans, j’ai reçu l’opportunité de rejoindre le Standard de Liège comme joueur, à la grande époque des Gerets, Preud’homme, Edström… Et ça m’a totalement changé car j’ai pu travailler avec celui qui est pour moi et pour beaucoup l’un des meilleurs entraîneurs du XXème siècle : Ernst Happel, champion de plusieurs pays, double vainqueur de la Champions League, finaliste de la Coupe du Monde… Une bible d’entraînement. Après chaque séance, je prenais des notes. J’ai encore un bouquin avec deux saisons complètes de séances ! À l’époque, je ne comprenais pas ses méthodes. Elles étaient très différentes de ce que j’avais connu au Portugal. Ce qui est marrant, c’est que 20 ans plus tard, les clubs portugais se sont mis à faire ce qu’on appelle de la périodisation tactique. Je me suis alors rendu compte qu’Ernst Happel le faisait déjà dans les années 70-80. »
 

Le foot ? Et après ?

« En 1981, je suis retourné au Portugal pour y achever ma carrière (Portimonense, Belenenses, Estrela da Amadora) après être devenu international (5 sélections). Mais la retraite est quelque chose de difficile pour un footballeur, tu ressens un immense vide. J’ai tout arrêté pendant un an, j’ai fait autre chose, du cinéma, notamment. Mais le football reste là, à l’intérieur, si bien qu’un an plus tard, j’ai débuté ma carrière d’entraîneur. D’abord dans de petits clubs sans grands moyens, parfois sans terrain d’entraînement, le plus souvent en Deuxième B, l’équivalent français du National. Des expériences très formatrices puisque tu dois tout faire : entraîner, recruter, louer le bus pour les déplacements… Et déjà à l’époque, je n’avais pas peur de confier leur chance aux jeunes. »

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Fondateur d’une académie au Sénégal

« En 1995, Carlos Queiroz, qui a révolutionné le football au Portugal, m’a lancé le défi de devenir Directeur Sportif du Sporting CP. J’ai alors découvert une autre facette du foot, le recrutement, essentiellement en Amérique du Sud, l’aide aux coachs… J’ai donc vu progressivement éclore une fantastique génération de très jeunes joueurs comme Cristiano Ronaldo, Ricardo Quaresma, Simão. En 2000, je suis revenu au terrain comme entraîneur (Espinho, Salgueiros, Setúbal Guimarães), puis en 2008, je suis parti au Sénégal avec le projet de créer seul une académie (Étoile Lusitana). L’objectif était de développer des joueurs de 16-17 ans à travers des méthodes de travail, de la rigueur et une alimentation de qualité. Nous évoluions en deuxième division et participions à de grands tournois en Europe. Plusieurs joueurs comme Ibrahima Mbaye (Bologne) ou Pape Abdou Camara (ex-Standard, Valenciennes) sont d’ailleurs ensuite venus en Europe. C’était un très beau projet qui a duré 5 ans. »
 

La réserve de Benfica, puis direction l’Inde

« Parallèlement, j’ai été recruté pour devenir sélectionneur de la Guinée-Bissau où j’ai mis en place un groupe de jeunes joueurs qui est ensuite parvenu à se qualifier pour la première CAN de son histoire. Je suis ensuite rentré au Portugal où j’ai dirigé l’équipe réserve du Benfica qui évolue en deuxième division avec des joueurs comme Bruno Varela (Ajax), João Cancelo (Man City), Victor Lindelöf (Man United), Hélder Costa (Leeds) ou encore André Gomes (Everton). Puis après d’autres expériences à Chaves et União Madeira, j’ai pris la direction de l’Inde, pour un nouveau défi, celui de coacher la sélection U17 en vue du Mondial que le pays organisait. C’était perdu d’avance sportivement dans ce pays qui n’a pas de tradition de football et qui n’avait jamais participé à une grande compétition, mais il était intéressant de faire progresser un groupe. Je suis d’ailleurs parvenu à convaincre la fédération indienne de faire ensuite jouer mon groupe qui avait 16,9 ans de moyenne d’âge en première division séniors, dans le but de le développer encore davantage. »

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Le projet du LOSC, comme une évidence

« J’ai poursuivi avec les U21 d’Anvers, puis j’ai pris la direction de l’académie du club au Congo, mais l’expérience a été interrompue en raison du COVID-19. C’est là que le LOSC m’a contacté pour venir aider au développement du centre de formation. Une très agréable surprise pour moi et encore un beau défi dans un club aux conditions de travail exceptionnelles. Mon objectif consiste surtout à développer une idée de jeu transversale entre toutes les équipes, des U15 à la réserve. Dans le football, il n’y a pas de vérité absolue, mais il y a des méthodes. Il s’agit pour moi d’apporter mon expérience à des gens en place déjà très compétents. Je pense être assez polyvalent, mon parcours en atteste, j’ai même dirigé une revue de foot pendant 7 ans. Je connais bien le football et je n’ai jamais eu peur de miser sur les jeunes, comme le fait le LOSC depuis maintenant quelques temps. »
 

L’ADN du LOSC ? Qualité-mental-intensité

« En plus du centre de formation, j’entraîne la réserve qui évoluera cette saison en National 3. Notre relégation s’explique par les circonstances liées au COVID-19. L’équipe avait de bonnes chances de se maintenir si le championnat était allé au bout. D’ailleurs, s’il s’était achevé une semaine plus tôt, le LOSC serait resté en N2. Mais j’y vois une opportunité pour de jeunes joueurs d’évoluer dans un championnat peut-être plus accessible. C’est un grand défi car nous aurons à faire à des adversaires plus physiques, malins, expérimentés. Nous devrons nous en sortir par notre organisation, notre collectif et notre intensité de jeu. Le football, c’est un ensemble de prises de décisions rapides, sous la pression constante de l’adversaire, dans de petites espaces. L’objectif est de prendre la meilleure décision le plus vite possible. Quand on joue, on n’est pas obligé de gagner tous les matchs, mais on est obligé de jouer pour gagner. C’est la seule chose qui compte et c’est inscrit dans l’ADN du LOSC. Qualité, mental et intensité. »

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