C’est une belle histoire comme on les aime. Celle d’un coup de foudre sportif entre Georges Heylens, ex-Diable Rouge, et le club lillois, dirigé à l’époque par Charly Samoy. La relation a duré cinq ans, de 1984 à 1989, mais l’ancien entraîneur losciste porte toujours l’écurie nordiste dans son cœur.

Georges Heylens, bonjour. Plongeons tout de suite dans le vif du sujet : comment vous êtes-vous retrouvé sur le banc lillois ?
C’est très simple, j’ai rencontré Charles Samoy, le Directeur sportif et, au bout d’une heure, l’affaire était réglée. (il affiche un large sourire) J’ai ressenti un intense coup de cœur pour le club surtout que j’avais déjà côtoyé “Charly” lors de mes années à Anderlecht. J’appréciais sa grande compétence, c’était un collaborateur hors-pair.

Quels étaient alors les défis à relever ?
À mon arrivée, toute une génération venait de quitter le groupe, qui était majoritairement composé de joueurs issus du centre de formation. Il fallait donc repartir de la case départ, recréer une émulation en encadrant les jeunes avec quelques éléments d’expérience comme Boro Primorac, Dusan Savic ou Bernard Bureau. Un challenge pas évident, d’autant que les garçons m’ont d’abord un peu testé, moi le “petit Belge” débarqué en France…

Testé ? C’est-à-dire…
Eh bien, disons qu’ils comptaient verrier mes aptitudes sportives (il sourit). Je me souviens d’une anecdote où deux joueurs sont venus me voir en me demandant de leur donner un ballon dans les pieds. Ils se sont écartés chacun d’un côté en avançant d’une quarantaine de mètres et m’ont envoyé deux boulets de canon qu’ils ont fait siffler à un mètre de ma tête. Je leur ai remis parfaitement dans les pieds. Le respect était acquis. Les footballeurs sont comme ça, ils veulent voir ce que vous valez sportivement et mentalement.

Quel type de coach étiez-vous ?
Je dirais à la fois intransigeant et très proche de mes hommes. Ils savaient me considérer comme un entraîneur sur le terrain et un bon père de famille en dehors. J’étais disponible toute la journée, de 7 heures à 20 heures, afin de discuter avec chacun, parfois pendant plusieurs heures. Je me suis toujours dit que je devais essayer de transmettre aux autres tout ce que j’avais appris en tant que joueur. C’est ma philosophie.

On dit aussi que certains Dogues de l’époque avaient formé un groupe de musique…
(ses yeux rieurs se perdent dans le vague) Je me souviens que Patrick Robert (aujourd’hui Président du LOSC Association) jouait de la guitare, Bernard Lernould (ancien commentateur pour Radio France Bleu Nord) chantait et Stéphane Plancque s’asseyait à la batterie. D’autres - comme Bernard Lama (aux percussions) - les rejoignaient plus occasionnellement. Je n’étais pas partie prenante mais je cautionnais, tout en les gardant à l’œil. Et puis, cela renforçait l’esprit de groupe. Car il n’y a pas que le terrain qui compte… En arrondissant correctement les angles, on peut tirer le maximum d’un effectif.

« Je pense avoir été l’un des premiers à appeler Rudi Garcia pour le féliciter après le fameux doublé en 2011 »

Si l’on se repenche à présent sur votre carrière personnelle, on se rend compte que vous avez été l’homme d’un seul club…
(il coupe, ravi et lance, avec son accent belge) Le RSC Anderlecht ! J’ai signé une carte d’affiliation à l’âge de 10 ans, sous l’impulsion des directeurs de mon école qui étaient supporters de cette équipe. Cela m’a d’ailleurs valu une bonne réprimande de la part de mon père, lui me voyait déjà au Racing Club de Bruxelles, une autre écurie de la ville qui avait ses faveurs. Il n’a accepté mon choix que très tardivement et n’est venu me voir jouer que pour mon premier match chez les pros. Mais il m’a vite pardonné par la suite et suivi dans tous mes déplacements !

Vous qui êtes un Bruxellois “pure souche”, pourquoi avoir ensuite choisi de venir en France ?
À Anderlecht, j’avais un entraîneur français, Pierre Sinibaldi, redoutable buteur du grand Reims. J’ai appris énormément de cet homme : il considérait que la meilleure défense était l’attaque et jouait pour gagner et non pas pour ne pas perdre. On bombait le torse d’avoir un tel coach, car le Stade de Reims, c’était l’équivalent du Real Madrid aujourd’hui ! De là vient mon intérêt pour le championnat français.

Et en 2006, Anderlecht et le LOSC se sont affrontés en Champions League. Qu’avez-vous ressenti à ce moment-là ?
Un sentiment assez étrange. J’étais extrêmement partagé, j’ai donc vécu tout ça de loin. Je n’ai d’ailleurs voulu aller ni au match en Belgique (1-1), ni au second en France (2-2). Je n’aurais pas été moi-même… Ces deux clubs ont une place de choix dans mon cœur. Je dis toujours qu’on ne peut pas aimer deux femmes à la fois. Anderlecht et le LOSC étaient mes deux princesses (il rit). Après coup, les deux résultats nuls m’ont donné quelques regrets, j’aurais dû y aller puisqu’il n’y a pas eu de vainqueur. C’est la vie, peut-être aurais-je une autre chance ?

Finalement, il y a toujours un lien fort entre les Dogues et la Belgique, n’est-ce pas ?
C’est évident. À mon époque, nous étions trois, avec Philippe Desmet et Erwin Vandenbergh. Depuis, d’autres compatriotes sont passés par là, le plus célèbre étant bien entendu Eden Hazard, dont je suis le parcours avec attention. Et puis, aujourd’hui, le club a développé un partenariat avec le Royal Mouscron-Peruwelz. Cela constitue une excellentechose pour les deux formations. Je souhaite d’ailleurs qu’Arnaud Dos Santos, un ami de longue date, réussisse dans ce projet.

Pour finir, un petit mot sur Rudi Garcia, que vous avez entraîné ?
Quand il a remporté le fameux doublé en 2011, j’étais aussi content que lui pouvait être fier. Je pense avoir été l’un des premiers à l’appeler pour le féliciter. Quand, comme pour moi, le LOSC est un club de cœur où l’on a passé de belles années, un tel événement ne peut que rendre incroyablement heureux !

LE SOUVENIR DE PATRICK ROBERT * …

Georges Heylens a été l’un des premiers à faire découvrir à ses collègues lillois les salons VIP, apparus dans les grands stades européens à partir de 1986. Patrick Robert raconte.

« Georges activait volontiers son sens du contact en s’attablant avec clients ou partenaires dans ces nouveaux lieux des grandes enceintes. Son club de cœur, le RSC Anderlecht, était alors au sommet de sa gloire et rayonnait en Europe. Parfois, il nous emmenait donc au stade Constant Vanden Stock, le Président Jacques Amyot et moi, afin d’y assister à des rencontres européennes. Cela paraissait irréel et tellement inaccessible de suivre des matches de prestige depuis ces loges si luxueuses… Aujourd’hui, quand je suis dans les multiples salons de réception de notre magnifique Grand Stade, il m’arrive d’y repenser. Quel chemin nous avons parcouru depuis ! »

*Président du LOSC Association et des “Anciens Dogues”