UN FOOTEUX AU PAYS DES SPRINGBOKS

Quand on voit le jour à Tembisa, un township situé entre Johannesbourg et Pretoria, à quelques rues de Chloorkop, le centre d’entraînement du Mamelodi Sundowns (plus grand club sud-africain), difficile de ne pas vivre avec un ballon aux pieds. “J’ai grandi dans une maison de ce quartier ni pauvre ni riche, entouré de mes parents, de mon frère, Kagiaso (28 ans), et de ma sœur, Lucky (31 ans), eux aussi footballeurs.” Pas surprenant, surtout quand papa Mothiba tâte lui aussi le cuir, dans le petit club de Mighty Box, là où le jeune Lebo esquisse ses premiers shoots vers 4-5 ans. Mais le gosse est doué et très vite, le rêve d’intégrer le mythique Mamelodi Sundows prend forme au détour d’un essai réussi à 11 ans. Sauf que le septuple champion d’Afrique du Sud décide rapidement de fermer l’académie et de se concentrer uniquement sur l’équipe fanion. “J’ai alors suivi mon coach à Kempton Park, avec cinq autres joueurs. C’est là-bas que je suis devenu attaquant”. La légende dit même que pour sa première saison devant, l’ex-défenseur central claque 36 buts en 16 matchs. “ Du coup, je suis resté avant-centre”. Forcément…

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QUAND SON DESTIN CROISE CELUI DE BERNARD LAMA

La suite ? Elle prend la forme d’une (belle) histoire, celle d’une rencontre, d’un destin. En 2010, portés par la réussite de leur Institut Diambars au Sénégal (qui a notamment formé les ex-Dogues, Idrissa Gueye et Pape Souaré), Bernard Lama et Jimmy Adjovi-Boco décident d’ouvrir une antenne de leur “école de champions qui forme aussi les hommes” à Johannesbourg. Lebo, 14 ans, intègre la première promo. “On vivait toute la semaine à l’académie. Je ne rentrais plus à la maison le soir, seulement le dimanche après les matchs, ce qui était assez bizarre à vivre au début.” L’aventure dure quatre ans, le temps d’apprendre le métier de footballeur, jusqu’à ce que le jeune attaquant devienne le premier pensionnaire à s’envoler pour l’Europe. “J’ai été invité par le LOSC pour y faire un essai alors que je me remettais à peine d’une grave blessure à la cheville qui m’avait tenu éloigné des terrains pendant dix mois. J’ai quand même donné tout ce que je pouvais et j’ai été pris !

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JOHANNESBOURG - CAMPHIN-EN-PÉVÈLE – BAISIEUX

Septembre 2014, Lebo Mothiba, 18 ans, pose donc ses valises à l’internat du Domaine de Luchin. Il ne le sait pas encore, mais il est à l’aube d’une sacrée aventure. D’abord, s’acclimater, au sens propre comme au figuré. “C’était difficile au début. J’étais seul, loin de ma famille, je ne parlais pas la langue. Et puis le foot est très différent ici : plus rapide, plus agressif. Il fallait s’accrocher, ne pas se décourager. En Afrique chaque joueur donnerait tout pour venir en Europe. Alors je me suis dit : “Tu es ici, c’est ton rêve, c’est ta chance, ne la laisse pas filer”. J’ai travaillé dur sur le terrain, en dehors, j’ai appris le français grâce à Nicolas, mon professeur. Puis en 2016, j’ai pris un petit appart’ à Baisieux, juste à côté. Vivre seul est une autre étape dans la vie d’un footballeur, mais j’en avais besoin. Le seul problème était pour me faire à manger (sourire). Mais là encore, le LOSC m’avait donné des cours de cuisine, certains matins avant l’entraînement. J’avais donc des bases, et puis quand je ne savais pas, j’allais regarder un tuto sur Youtube.

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VA, VIS ET REVIENS !

Sur le terrain, “Lebotelli“, comme il aime se surnommer avec humour en référence à Mario Balotelli, l’un de ses modèles, s’accroche et s’impose vite comme un attaquant de devoir en U19, puis en CFA lilloise. Quelques apparitions à l’entraînement avec les pros, mais un temps de jeu trop faible pour espérer franchir ce difficile palier. Comme beaucoup de jeunes joueurs à fort potentiel, son avenir à court terme passe inévitablement par un prêt. Pour lui, ce sera Valenciennes, en janvier 2017. “J’ai beaucoup grandi à VA. J’ai pris confiance en moi, j’ai joué, marqué et découvert la Ligue 2, un championnat difficile. Je pense vraiment avoir progressé. Et puis c’était pratique, je ne m’éloignais pas trop de Lille, qui est ma seule référence en France, ma maison. Quand j’avais le temps, je venais même voir des matchs au Stade Pierre Mauroy.” Il reste un an dans le Hainaut. Assez pour afficher de belles promesses (11 buts toutes compétitions confondues) et être rappelé par les Dogues l’hiver dernier pour la fin de saison 2017-2018...Et y marquer dès sa première apparition en Ligue 1, face à Nantes (2-2, 11/02/18).

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LES JEUX OLYMPIQUES, ÇA LUI DONNE DES BOUTONS

 

C’est qu’entre temps, notre nouveau numéro 18 est aussi devenu international. D’abord chez les jeunes Bafana Bafana avec lesquels il a participé aux Jeux Olympiques de Rio 2016. Une aventure qu’il n’est pas prêt d’oublier… à bien des égards. “Après notre premier match contre le Brésil (0-0), je me suis réveillé avec quelques boutons sur le visage. Je n’y ai pas prêté attention, me disant que j’avais surement mal digéré quelque chose. Deux jours plus tard, contre le Danemark (0-1), le coach m’a sorti au bout d’une heure car j’avais du mal à enchaîner les courses, je me sentais faible, essoufflé. Le lendemain, tout mon corps était criblé de boutons. Verdict ? La varicelle.” Une expérience malgré tout enrichissante pour celui qui vient de fêter, le mois dernier, ses deux premières sélections chez les A… par deux buts. “C’était un moment intense, fort, important pour ma carrière. C’était magnifique, mais maintenant, c’est du passé. Quand on est attaquant, il ne faut pas ressasser, ni les occasions manquées, ni celles converties.” Ainsi avance Lebo Mothiba. Sans se retourner, en fonçant droit devant.
 

LEBO MOTHIBA

 

Né le 28/01/1996 à Johannesburg (Afrique du Sud)
22 ans, ATTAQUANT
PARCOURS : Mighty Box, Mamelodi Sundows, Kempton Park, Académie Diambars, LOSC, Valenciennes, LOSC
International Sud-Africain
 


Tiré de LOSC In The City #11

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