Samedi 12 mars 2016, Lucciana. L’accolade est franche et les retrouvailles chaleureuses. "Chez Walter", l’hôtel bastiais où les Dogues ont élu domicile avant d’y affronter le Sporting, Patrick Collot, l’entraîneur adjoint, tape sur l’épaule de Philippe Lévenard, celui avec qui, jadis, il défendait le maillot de cet accrocheur LOSC des années 90. « Philippe, je te présente, notre rédacteur, il voulait te poser quelques questions », embraye immédiatement, l’un des bras droits de Fred Antonetti à son ami de vingt ans. L’interview peut commencer. Et elle est pleine de souvenirs…

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Philippe, bonjour. On va commencer par la question que n’importe quel supporter lillois vous poserait à notre place : que devenez-vous ?
Eh bien je vis à une vingtaine de kilomètres d’ici, à Moriani Plage, au sud de Bastia, où je suis propriétaire-gérant d’une résidence de vacances et d’un restaurant. J’y travaille toute l’année, mais surtout l’été, pendant la saison touristique.

160317Levenard2.jpgUn quotidien bien loin du ballon, donc…
Oui, j’ai totalement coupé avec le foot. Après mes trois années au LOSC (1994-1997), j’ai d’abord passé six mois à Rennes, où je me suis blessé. Je suis alors retourné chez moi, en Corse. J’ai signé à Borgo (CFA), pas loin d’ici, mais je me suis "fait" les croisés. À 33 ans, autant dire qu’il était temps de passer à autre chose. J’ai alors passé un CAP maçonnerie, puis un brevet de technicien bureau d’étude, pour travailler en architecture, puis j’ai saisi l’opportunité d’acheter et de rénover cette résidence qui était à l’abandon, juste à côté de chez mes parents.

On imagine que vous gardez tout de même un œil sur la Ligue 1…
Bien sûr ! J’ai toujours suivi l’actualité des clubs par lesquels je suis passé. Je pense surtout au LOSC et au SCO Angers, où j’ai évolué six ans et où j’ai connu la montée en D1. Je garde d’ailleurs quelques amis dans le milieu du foot, comme Cédric Daury, qui est coach à Châteauroux ou Fred Zago, l’entraîneur de la réserve de Valenciennes.

Remontons le temps ensemble. Vous êtes arrivés dans le Nord en 1994. Quels souvenirs gardez-vous de ces années lilloises ?
J’ai tout de suite adoré la ville, d’autant que je vivais dans le centre. D’abord vers le Parc Saint-Maur, puis rue des Bouchers, dans le Vieux Lille. J’y suis repassé récemment et ç’a pas mal changé. C’est vraiment un quartier sympa. À mon époque, il y avait un tailleur de pierres assez réputé juste à côté de ma maison, mais il a fermé et un resto a ouvert à la place.

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Sur le terrain, en revanche, la période n’était pas la plus facile…
On jouait le maintien chaque saison. Et ce qui devait arriver arriva : nous avons été relégués en 1997. Avec le recul, j’en garde malgré tout de bons souvenirs. J’y ai rencontré des gens chaleureux. Je repense par exemple à l’intendant, Robert Santens, un mec adorable. Il y avait aussi Michel Vandamme, le père de Jean-Michel. Pour moi qui arrivais d’Angers, c’était déjà super de jouer en D1, d’affronter le Monaco d’Anderson, le PSG de Weah. Ah, je m’en souviens de lui, j’étais à son marquage, au Parc des Princes. Qu’est ce qu’il était fort ! Bon, on en a pris 3, ce jour-là (3-0, 11/10/94)… 160317Levenard1.jpg

Le LOSC d’aujourd’hui est dirigé par un duo corse (Antonetti-De Zerbi) assisté d’un ami à vous, Patrick Collot. On imagine que vous ressentez une tendresse particulière pour cette équipe du coup ?
C’est vrai. J’étais déjà au centre de formation du Sporting quand Fred (Antonetti) est revenu de l’INF Vichy. Je le connais un peu. Jean-Marie (De Zerbi) est un peu plus âgé. Il faut savoir qu’à Bastia, c’est une légende. Il a participé à la grande épopée du club en Coupe d’Europe alors qu’il avait seulement 18 ans… Quant à Pat (Collot), je l’ai connu plus tard, à Lille, où nous avons été assez proches. Et puis la vie, le travail, l’éloignement ont ensuite fait qu’on s’est vu de moins en moins, même si nous n’avons jamais perdu contact.

Aujourd’hui, quand vous vous retournez sur votre carrière de footballeur, comment la jugez-vous ?
Je suis fier de ce que j’ai fait. Footballeur n’est pas un métier facile vous savez. Soit vous êtes Zidane et la pression est telle que vous ne pouvez pas vous rater. Soit vous êtes dans mon cas, vous n’avez pas un niveau extraordinaire, alors vous devez vous battre à chaque entraînement pour gagner votre place. Au final, ce n’est simple pour personne, même si nous avons eu l’immense chance de vivre de notre passion.

Merci pour votre disponibilité, Philippe. On se voit bientôt au Stade Pierre Mauroy ?
J’aimerais beaucoup oui, car il paraît qu’elle est magnifique cette enceinte. Je ne la connais pas encore, même s’il m’arrive parfois de remonter dans le Nord. Tiens, la dernière fois par exemple, nous étions Grand Place, avec Jean-Marie Aubry et sa femme. C’était un samedi ensoleillé, il y avait pas mal de monde. On déjeunait en terrasse quand un homme est passé, puis s’est arrêté devant moi, m’a regardé et a lâché : « Lévenard ! » Il m’avait reconnu. Et ça, ça fait chaud au cœur, même 20 ans après…


$_12_0.JPGPhilippe Lévenard

Né le 06/02/1965 à Pero-Casevecchie (Haute-Corse)

Défenseur latéral gauche

Auteur de 145 matchs de D2 et 100 matchs en D1 (dont 74 avec le LOSC)

Clubs : SC Bastia (1983-1986), GFC Ajaccio (1986-1987), CS Sedan (1987-1988), SCO Angers (1988-1994), LOSC (1994-1997), Stade Rennais (1997), Borgo FC (1997-1998)