Sans titre-1_1.pngDans le monde du football français, Jules Bigot était ce que l’on pourrait appeler une forte personnalité, un “personnage”. Terriblement exigeant, mais juste et droit, il incarnait les grands principes d’honneur et de respect, conjugués à l’esprit sportif qui fut, tout au long de sa riche carrière, le fil conducteur de son comportement. Natif de Bully- les-Mines (22 octobre 1915), c’est tout naturellement à l’excellente pépinière de jeunes talents de l’E.S. Bully qu’il fit ses premiers pas de footballeur. C’est là que M. Wallocq, dirigeant de l’Olympique Lillois le repéra. Pour rassurer ses parents et son frère aîné Eugène, bon footballeur lui aussi, il l’hébergea à l’étage du café “Le Moulin d’Or”, rue du Molinel, dont il était propriétaire. Bonne pioche, puisqu’à seulement 18 ans, le jeune Bigot débuta en équipe première, celle-là même qui venait de remporter le premier Championnat de France professionnel. Attaquant fin, incisif et très adroit devant le but, il connut sa première sélection chez les Bleus le 9 février 1936 contre la Tchécoslovaquie, à seulement 20 ans.

Cinq autres capes suivirent et il y en aurait eu beaucoup plus si la guerre n’était survenue. Il joua la finale de la dernière Coupe de France d’avant-guerre en 1939 face au RC Paris sous le maillot de l’Olympique Lillois (1-3). Le football lui donne cependant l’opportunité de gagner la zone libre. Après une saison à Marseille (1939 40), Jules signe à St. Etienne où il restera trois ans (1940-43) et en profitera pour faire connaissance de la jolie “Rinou” (tante de Gérard Janvion !), de l’épouser et de la ramener à Lille. À point nommé pour effectuer la saison 1943-44 sous le maillot de l’équipe Fédérale “Lille-Flandres”, puis la suivante dans les rangs du LOSC qui vient de voir le jour. Sous la tunique losciste, Jules Bigot connaîtra l’apogée de sa carrière (un championnat, trois coupes), reconverti dans le rôle d’un demi clairvoyant et très influent sur le jeu. Il était aussi à cette époque, l’heureux propriétaire du “Café de la Cloche”, place du Théâtre, haut lieu du football lillois.

 

SÉLECTIONNEUR DES BLEUS POUR…2 MATCHS


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L’histoire aurait pu se prolonger indéfiniment si Louis Henno ne s’était mis dans la tête d’en faire d’abord un recruteur, puis de le transférer au Havre avec le statut d’entraîneur-joueur. Il y resta jusqu’en 1952, puis passa une saison à Rouen avant de devenir, en 1953, le coach de Toulouse, y révélant de grandes qualités de meneur d’hommes. C’est ainsi qu’en octobre 1954, il est appelé par la Fédération à devenir l’entraîneur de l’Equipe de France. Il n’y restera que deux matchs (Allemagne-France 1-3 et France-Belgique 2-2), claquant la porte de la FFF dans son plus pur style d’homme “droit dans ses bottes”. Ayant utilisé des wagons-lits pour le repos de ses joueurs, il s’en voit refuser le remboursement en vertu d’un règlement qui stipule que les internationaux doivent voyager en… 2ème classe ! Les choses ont bien changé… Avec Toulouse, il remportera la Coupe de France 1957, avant de prendre les rênes du RC. Lens (1959-1962), puis celles du Cercle de Bruges (1962-1963). C’est là que les dirigeants lillois Jean Denis et Max Pommerolle vont le chercher pour le placer au chevet d’un LOSC tombé dans le plus triste anonymat. L’effet est immédiat : un an plus tard, le LOSC retrouve la Division I ! Mais l’époque est agitée dans les coulisses du club lillois… Jules n’est pas un homme de compromis. En 1966, il retourne en Belgique (La Gantoise, Mouscron). Sa carrière d’entraîneur s’achève en 1971, mais pas sa carrière dans le football. On le retrouvera membre du Conseil Fédéral à Paris et Conseiller Technique Régional à la Ligue Nord-Pas de Calais.

L’image qui nous reste est celle d’un septuagénaire alerte et souriant, venant en bicyclette observer les entrainements du LOSC dans les années 80. Jules Bigot nous a quittés le 24 octobre 2007 à l’âge de 92 ans, laissant une grande place vide dans l’histoire du football nordiste.