Il y a bientôt une semaine, le LOSC réalisait l’un des plus grands exploits sportifs de son Histoire. Comment avez-vous vécu ce moment ?

Olivier Létang : Le titre de Champion de France est un Graal pour tout joueur et le plus beau trophée national dans le palmarès d'un club ! C’est tellement difficile de gagner dans le sport de haut niveau. Le championnat est un marathon qui impose régularité, performance dans le temps, l’obligation d’être bon chaque week-end. Être champion face au Paris-Saint Germain est un grand exploit. La performance est totalement méritée car nous n’avons perdu que 3 matches sur la saison, le LOSC a été le club le plus souvent leader du classement. 

C’était aussi un travail psychologique car peu de personnes avaient connu un titre. Quand vous êtes devant au classement, c’est plus dur car vous êtes chassés donc il a fallu très bien gérer les différentes étapes d’un point de vue mental. Seuls Benjamin (André), Burak (Yilmaz) et Renato (Sanches) avaient gagné un titre en club. Christophe avait gagné une Coupe de la Ligue. Mais encore une fois, un championnat c’est totalement différent. L’approche mentale et psychologique est fondamentale. L’expérience ne s’achète pas. Transmettre de la force, du calme, de la confiance, enlever la pression…. 

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Pour revenir à mes sentiments, j’ai ressenti beaucoup de joie, de fierté pour tout un groupe, tout un club et toute une région. Une saison est une aventure humaine et tous ceux qui ont participé à cette aventure sont liés à jamais. Transmettre du plaisir et des émotions est l’essence de notre activité. J’ai de nouveau une pensée pour tous nos supporters et plus largement toute notre communauté qui n’a pas pu vivre le match du sacre avec nous. C’était bien de les sentir et de les avoir à nos côtés sur la fin du championnat et lors des célébrations. C’est aussi pour moi l’occasion de remercier et de féliciter tous les collaborateurs qui ont contribué à ce titre avec un engagement fort.
 

“Le plus beau trophée ce sont toutes ces émotions, tous ces visages avec ces sourires, ces joies, ces larmes.”

 
C’est vrai que l’engouement populaire que ce titre de champion a suscité a été remarquable...

Le football est le meilleur créateur de lien social populaire et cela a encore été démontré avec ce titre. Nous vivons une période très singulière où nous avons été privés de liberté avec la crise sanitaire, donc on ressent davantage ce besoin de partager, de communier, de vivre des émotions tous ensemble. Le football permet de créer ce lien. Au-delà du trophée que nous avons remporté, le plus beau trophée ce sont toutes ces émotions, tous ces visages avec ces sourires, ces joies, ces larmes.
 

 

Mais vous avez à peine pu profiter du titre de champion que vous travaillez, déjà, sur l’avenir…

J’ai suffisamment d’expérience aujourd’hui pour savoir que les titres pour un dirigeant, c’est 45 minutes de bonheur et à partir de la 46èmeminute, ce sont des problèmes qui arrivent. Nous avions bien évidemment commencé à anticiper la suite avant la concrétisation du titre. En arrivant, l’objectif sportif que j’ai en tête est de nous qualifier pour la Champions League. Nous étions alors cinq clubs en course : Paris, Lyon, Monaco, Marseille et le LOSC. La situation du club était complexe économiquement car en quasi-état de cessation des paiements ; sans l’arrivée de nouveaux actionnaires, nous n’aurions pas pu gagner le titre, car l’activité se serait arrêtée. Et ce, même en vendant une bonne partie de l’effectif…ce qui n’aurait pas été possible vu la situation économique générale du football. La situation était donc très grave. 

 

 

“La situation n’est pas encore totalement stabilisée mais nous la contrôlons. Tous les amoureux du LOSC peuvent remercier les nouveaux propriétaires.”


Le fait de reprendre le LOSC a permis non seulement de poursuivre l’activité mais également de conserver l’intégralité de l’effectif. C’était pour moi une décision évidente et indispensable si nous voulions exister lors de la deuxième partie de saison et ne pas avoir de regrets. Si nous avions vendu des joueurs, nous n’aurions pas été champions et nous ne nous serions probablement pas qualifiés pour la Champions League. Le sportif est le pilier central d’un club, c’est la pile atomique du dispositif c’est pour cela que j’ai tenu à garder tout l’effectif. Il était pour moi hors de question de vendre et de mettre en péril nos objectifs.

Quel est le projet que vous conduisez à présent pour le LOSC ?

Tout d’abord, le club est, et doit rester, plus important que tout. Il était là avant et il sera là après le passage des hommes. Il est donc fondamental d’avoir un projet global. Dirigeant de club, c’est être responsable de ce projet sportif, financier et humain. On ne peut pas mettre en danger un club, il faut en prendre soin. Le LOSC a été mis en grand danger et pouvait disparaître. Nous avons donc un projet global qui, comme je l’ai dit le 21 décembre lors de ma première conférence de presse, consiste à maintenir une dynamique sportive et redonner une stabilité économique au LOSC. 

La situation n’est pas encore totalement stabilisée mais nous la contrôlons. Tous les amoureux du LOSC peuvent remercier les nouveaux propriétaires qui ont sauvé le club en le reprenant, en apportant de la trésorerie immédiatement et en diminuant la dette de façon importante. Nous avons depuis le premier jour de très nombreux sujets à gérer, très sensibles au-delà de la situation financière. Nous y travaillons. Le modèle précédent, même s’il a connu des réussites, n'est pas viable. Le changement de gouvernance n’est pas dû uniquement au COVID et à la défaillance Mediapro. Cela a été un accélérateur mais l’issue était certaine. Je me suis très peu exprimé sur ce sujet depuis mon arrivée le 21 décembre, car ma seule préoccupation était de préserver le club et sa dynamique sportive. 

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Nous menons un projet clair avec 3 piliers principaux autour du renforcement du club avec des valeurs, une culture claires et partagées par tous en interne et au sein de notre communauté : 1/ Le sportif : performer chez les professionnels ou l’objectif est de jouer une compétition européenne tous les ans et remettre en place un centre de formation performant 2/ Économique : développer les revenus, ce qui passe par des victoires sur le terrain et maîtriser les coûts, 3/ Social et sociétal : impliquer le club dans sa dimension sociale pour la Métropole lilloise et les Hauts-de-France

Le LOSC a des infrastructures de bon niveau. Le domaine de Luchin est un outil formidable. Le Stade Pierre Mauroy est un bel outil mais comme pour les clubs qui utilisent un stade en PPP (Partenariat Public Privé) et sans y être résidents, le coût est très très élevé, les conditions d’utilisation compliquées et des prestations qui ne sont pas toujours en adéquation avec l’exigence du haut niveau, comme pour la pelouse (classée 17ème pelouse de Ligue 1 en 2020/2021). Pour mémoire, le LOSC a été interdit d’accès au stade pour les célébrations du titre… 

Le centre de formation du LOSC est lui classé 24ème selon la DTN (en 2019/2020) de la FFF avec l’un des coûts les plus importants de France. Il n’y a plus un joueur issu de la formation qui joue en équipe professionnelle depuis 5 ans. Nous avons l’outil mais pas la stratégie. Nous avons donc réorienté la stratégie.

“Nous avons commencé à préparer l’avenir avec un plan précis. Nous avons un profil d’entraîneur et serons très exigeants.”


Que vous évoque la situation de Christophe Galtier dans cette perspective ?

Pour revenir à Christophe, la relation a été formidable. Nous avons échangé tous les jours pour maintenir un niveau de performance élevé de l’équipe, comment l’accompagner, comment mettre le staff, les joueurs dans les meilleures dispositions. C’était la mission numéro 1, préserver l’unité et protéger le club. Nous avons atteint cet objectif. C’est de nouveau l’occasion pour moi de tirer un grand coup de chapeau à Christophe, aux staffs et aux joueurs. Pour lui, cela n’a pas été simple, il a vécu des périodes compliquées avec quatre mois seul au sein du club. Nous échangions régulièrement avant que j’accepte de devenir Président du LOSC. Nous nous sommes vus mardi matin au cours d’un long et très bel échange, entre hommes. Ce qu'il m'a dit m'a beaucoup touché mais je le garderai pour moi. Nous avions commencé à préparer la saison prochaine. Son choix est de partir car il pense être en fin de cycle, il a envie d’autre chose. Je ne suis pas d’accord mais je suis disposé à l’accepter sous certaines conditions. 

Quant à l'avenir, gouverner c’est prévoir. J’avais refusé jusqu’à la dernière journée du championnat, toutes les approches d'entraîneurs qui souhaitent nous rejoindre. Depuis, nous avons commencé à préparer l’avenir avec un plan précis. Nous avons un profil d'entraîneur et nous sommes très exigeants. Pour gagner, il faut un bon coach et une très bonne organisation. L’un sans l’autre ne peut pas bien fonctionner. Avec Christophe, nous avions également évoqué l’amélioration de l’organisation car les équipes derrière l’équipe sont très importantes. 

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Comment travaillez-vous justement sur ce dossier d'un futur entraîneur?

La succession de Christophe sera possible quand nous aurons trouvé un accord avec un club sur la dernière année de contrat qui le lie au Club. Donc, à ce jour, il est toujours l'entraîneur du LOSC. J’ai du reste lu que des clubs étaient intéressés ; à ce jour, j’ai reçu un appel de Jean-Michel Aulas avec lequel nous avons un profond respect mutuel. Aucun autre club ne m’a contacté à ce jour. Naturellement, je défendrai les intérêts du LOSC. Comme je l’ai indiqué précédemment, nous avons déjà défini le profil de l'entraîneur avec lequel nous souhaiterions collaborer si Christophe devait effectivement partir.
 
Plus globalement, quelle est la stratégie du LOSC et ses objectifs pour l’intersaison ? Pour le mercato ? Doit-on s’attendre à de nombreux mouvements, dans le sens des arrivées comme des départs ces prochaines semaines et mois ?

J’ai lu beaucoup de choses sur le sujet, comme souvent. Que cela allait être la grande braderie au LOSC… je reviens sur le projet du club qui, comme je l’ai dit, est de performer. Je rappelle par exemple que nous avons refusé de vendre des joueurs en janvier dernier pour privilégier le projet sportif.

Donc oui, compte tenu de la situation économique, nous devons vendre des joueurs et cela passe par les joueurs qui arrivent en fin de contrat dans un an et qui ne veulent pas ou que l’on ne peut pas prolonger car ils ont des offres importantes d’autres clubs. Quand on est un club comme Lille, on ne peut pas toujours garder ses joueurs quand ils sont très performants. Cela fait partie de l’équation, il faut se renouveler. 

Mais comme j’aime être cohérent entre ce que je dis et ce que je fais, nous ne pouvons pas dire que nous voulons une équipe compétitive et vendre tout notre effectif. Notre groupe arrive également partiellement en fin de cycle avec des joueurs présents depuis plusieurs saisons. Il est donc nécessaire de renouveler et rafraîchir le groupe. Mais nous maîtrisons le choix des départs et nous garderons donc une ossature forte pour nous donner toutes les chances d’atteindre nos objectifs.

“Avoir une équipe compétitive et la volonté de nous qualifier tous les ans pour une compétition européenne est notre objectif.”

 

 
Qu’aimeriez-vous dire aux supporters lillois, qui se projettent déjà sur l’avenir ?

Pour commencer, je tiens à les remercier pour leur soutien formidable. Ils ont été présents et ont apporté une chaleur, un soutien important. Nous étions tristes de ne pas les avoir avec nous lors de cette saison fantastique. Pour l’avenir, comme je l’ai indiqué précédemment, nous voulons construire une équipe compétitive.

Justement, pouvez-vous déjà nous dire quelle ambition vous nourrissez pour le LOSC pour la saison 2021/2022, en particulier d’un point de vue sportif en Ligue 1 et en Champions League ?
 
Je ne fais jamais de promesse. Avoir une équipe compétitive et la volonté de nous qualifier tous les ans pour une compétition européenne est notre objectif, comme c’est le cas de Paris, Marseille, Lyon ou Monaco. La compétition est farouche. Le LOSC ne fait pas partie des clubs les plus puissants économiquement, il faut donc que nous soyons différents, plus agiles et que nous créions un avantage par rapport aux autres…tout en ne mettant pas le club en danger économiquement. En janvier dernier, avec le staff et les joueurs nous avons fixé ensemble ce que nous voulions faire et cela reste dans l’intimité du vestiaire.